Sonko court à toute vitesse à sa propre perte
Le Premier ministre Ousmane Sonko nous a habitués à des prises de risques incommensurables qui ont plombé sa fulgurante et fabuleuse carrière politique et qui maintenant menacent la stabilité du pays et sa dynamique démocratie qui ont toujours fait sa fierté.
La carrière politique du leader du parti Pastef a été lancée par sa radiation de la fonction publique, prononcée à l’issue d’une procédure où ses droits sacrés à la défense ont été allègrement violés ; l’on n’avait pas permis à ses avocats de l’accompagner, l’organe de décision ayant estimé qu’il n’avait droit qu’à un seul avocat en interprétant, dans l’ignorance totale du droit, le terme générique « son conseil » comme limitatif du nombre d’avocats qui pouvaient le défendre. Il boudera, avec ses avocats, à juste raison, cette parodie de justice.
La radiation fut suivie de peu par son élection comme député. L’on peut dire avec certitude qu’elle y avait largement contribué. L’Assemblée nationale lui servit de tribune où il pouvait exprimer ses idées tranchantes sans craindre des représailles.
C’est là qu’il commettra sa première faute majeure, qui fut aussi pour lui une aubaine tenant du miracle. Nous étions dans la peur panique de la Covid-19. Chaque pays se débrouillait pour endiguer le mal. Le Sénégal avait choisi d’instaurer un couvre-feu strict à partir de 20 heures ; les travailleurs et autres personnes vaquant à leurs occupations couraient dans tous les sens pour arriver à la maison avant l’heure fatidique et n’en ressortaient que le lendemain, à 6 heures.
C’est dans ces circonstances que les Sénégalais apprirent, stupéfaits, un matin, que le Premier ministre Sonko s’était rendu, de nuit, dans un salon de massage et qu’une fille qui y officiait l’avait accusé de viol ; quasi unanimement, ils réfutèrent ces accusations, y compris ses partisans, dont l’actuel Président de la République, qui étaient prêts à jurer sur Dieu et le Coran qu’elles n’étaient que les dernières trouvailles maléfiques du régime en place pour arrêter l’ascension de l’homme politique ; jusqu’au jour où ils le virent, hébétés, avouant devant les caméras être allé au salon mais pour soigner un mal de dos chronique.
Je ne m’appesantirai pas sur ce qui se serait passé dans le salon, mais sur la faute morale majeure d’un homme politique qui se déplace à l’aide de sa carte de parlementaire pour son plaisir personnel lorsque ses compatriotes qu’il est censé représenter restent douloureusement confinés à leur domicile ; à titre de comparaison, une ancienne ministre libérale avait été arrêtée et déférée par les gendarmes restés sourds à ses supplications, lorsqu’elle expliquait sa sortie par un besoin urgent d’acheter du lait pour son nouveau-né qui pleurait de faim. Ce fut peine perdue.
Dans une démocratie occidentale, où le devoir d’exemplarité de ceux qui parlent au nom des citoyens est érigé en dogme, cette seule sortie inappropriée aurait mis un terme définitif à la carrière du Premier ministre Ousmane Sonko.
En Grande-Bretagne, le ministre de la Santé avait pris des mesures draconiennes dites de distanciation sociale qui interdisaient les contacts physiques dans la rue, même pour les membres d’une même famille ; pourtant, lui-même, dans un élan de tendresse soudaine, n’avait pu s’empêcher d’embrasser, à la sortie du bureau, dans la rue, sa collaboratrice et maîtresse ; la scène fut captée par les caméras de surveillance et relayée par la presse ; le scandale fut tel qu’il dut présenter sa démission au Premier ministre, les Anglais ne lui pardonnant pas de leur imposer des règles strictes de comportement alors qu’il n’éprouvait aucune gêne à s’encanailler dans la rue avec sa bien-aimée.
Le Premier ministre lui-même perdra le pouvoir lorsque les échos d’une partie privée organisée à son domicile furent relayés par la même presse.
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Ousmane Kane, Magistrat retraité et ancien président de la Cour d’Appel de Kaolack
