Le Mondial 2026 devait être une célébration universelle du football. Il est en train de devenir le symbole d’une organisation défaillante, d’une bureaucratie étouffante et d’un mépris inquiétant pour les réalités du sport de haut niveau.
Pour la première fois de l’histoire, une Coupe du monde est coorganisée par trois pays : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Présentée comme une innovation majeure par la FIFA, cette formule révèle aujourd’hui toutes ses limites. Pire encore, elle expose au grand jour les conséquences d’une décision qui semble avoir davantage répondu à des considérations économiques qu’aux exigences sportives.
Depuis le début de la compétition, de nombreuses délégations sont confrontées à d’énormes difficultés administratives. Les problèmes de visas ont empêché plusieurs membres des staffs techniques, médicaux et logistiques d’accompagner leurs équipes. Photographes, diététiciens, restaurateurs, intendants, responsables de communication et autres spécialistes indispensables à la performance ont parfois été bloqués ou retardés.
À ce niveau de compétition, ces absences ne sont pas des détails. Elles peuvent faire basculer le destin d’une équipe.
Le football moderne ne se résume plus aux onze joueurs présents sur le terrain. Derrière chaque sélection nationale se trouve une armée de professionnels dont le travail contribue directement à la performance. Perturber cette organisation revient à handicaper les équipes avant même le coup d’envoi.
Comme si cela ne suffisait pas, les déplacements entre les trois pays hôtes continuent de provoquer des tensions et des incertitudes. Pour les derniers matchs de groupes et les phases suivantes, plusieurs sélections doivent encore faire face à des formalités administratives complexes, à des contraintes logistiques lourdes et à des voyages interminables.
Comment préparer sereinement une rencontre décisive dans ces conditions ?
Le haut niveau se joue sur des détails. Une heure de récupération perdue, un déplacement mal organisé, un environnement instable ou une préparation perturbée peuvent suffire à faire la différence entre une victoire et une élimination. Les conséquences psychologiques et mentales de ces dysfonctionnements sont réelles et ne doivent pas être sous-estimées.
La FIFA ne peut pas se dédouaner de ses responsabilités.
En attribuant l’organisation à trois pays aux réglementations distinctes, elle savait parfaitement que les risques étaient importants. Pourtant, les solutions mises en place se révèlent insuffisantes. Le silence de l’instance mondiale sur de nombreuses difficultés rencontrées par les délégations est tout aussi préoccupant que les problèmes eux-mêmes.
La Confédération Africaine de Football (CAF), tout comme les autres confédérations, doit sortir de son mutisme. Elle a le devoir de défendre les intérêts de ses fédérations membres et d’exiger des garanties fermes pour les déplacements des délégations africaines. Une Coupe du monde ne peut pas être un parcours administratif du combattant.
Cette édition 2026 pose également une question fondamentale : faut-il continuer à disperser une Coupe du monde sur plusieurs pays ?
Le Mondial est avant tout une fête populaire. Une fête qui rassemble les peuples, les supporters et les nations dans un même espace. Fragmenter l’événement entre plusieurs États éloignés les uns des autres constitue une erreur stratégique majeure. L’unité, l’ambiance et l’esprit même de la compétition en souffrent.
L’histoire retiendra peut-être que le premier grand échec de cette Coupe du monde n’est pas sportif. Il est organisationnel.
Une Coupe du monde doit rapprocher les peuples, simplifier les déplacements et créer les meilleures conditions possibles pour les acteurs du jeu. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse qui se produit.
La FIFA porte l’entière responsabilité de cette situation. Et si rien n’est corrigé rapidement, le Mondial 2026 risque de rester dans les mémoires non pas pour ses exploits sportifs, mais pour le désordre, les contraintes et les dysfonctionnements qui auront accompagné ce qui devait être la plus belle fête du football mondial.
Mamadou Camara Journaliste – Communicant Kaolack
