À l’approche des élections locales de 2027, le paysage politique de Kaolack est déjà en pleine effervescence. Des candidats déclarés ou autoproclamés sillonnent les quartiers, multiplient les visites de proximité, les poignées de main et les promesses. Une démarche qui fait partie du jeu démocratique. Mais une question fondamentale mérite d’être posée : que proposent-ils réellement aux citoyens ?
Le contexte politique a profondément changé. Les populations ne sont plus celles d’hier. Les citoyens observent, analysent, comparent et réfléchissent avant de faire leur choix. Les intellectuels décortiquent les discours, les jeunes veulent des perspectives concrètes et les familles savent désormais distinguer les promesses des véritables engagements.
Aujourd’hui, rencontrer des commerçants, des conducteurs de vélotaxis, des vendeurs ambulants, des sportifs ou des acteurs du secteur informel est une bonne chose. Mais cela ne suffit plus. Ce que les populations attendent, c’est un projet de société crédible, une vision claire pour le développement de leur commune et des solutions concrètes à leurs difficultés quotidiennes.
Le marketing politique doit évoluer. Les méthodes d’hier ne produisent plus les mêmes résultats. Distribuer de l’argent à gauche et à droite, croire que quelques enveloppes remises discrètement à certaines personnalités ou dignitaires religieux suffiront à orienter le vote des populations relève d’une lecture dépassée de la réalité politique.
L’histoire électorale récente l’a démontré : les milliards dépensés ne garantissent aucune victoire. L’argent peut attirer des opportunistes, mais il ne remplace ni la confiance, ni les convictions, ni la fidélité politique.
Le paradoxe est d’ailleurs frappant. Certains responsables préfèrent dépenser des sommes considérables pour impressionner quelques notables qui, parfois, ne se déplacent même pas le jour du scrutin. Pendant ce temps, les véritables militants, ceux qui portent le projet politique au quotidien, sont oubliés.
Ces militants sont pourtant les véritables actionnaires d’un parti politique. Ils consacrent leur temps, leur énergie et parfois leurs propres moyens financiers pour défendre leur leader. Ils quittent leurs familles, négligent leurs préoccupations personnelles et parcourent les quartiers pour convaincre les électeurs. Certains rentrent chez eux sans même disposer de quoi assurer les dépenses les plus élémentaires de leurs enfants.
À côté d’eux existent les sympathisants, ces citoyens qui ne possèdent pas forcément une carte de parti mais qui adhèrent à une vision et apportent un soutien décisif au moment des élections. Les ignorer constitue une grave erreur stratégique.
Un autre phénomène mérite d’être dénoncé : le complexe du pouvoir. Dès qu’ils deviennent directeurs généraux, ministres ou occupent une haute fonction, certains responsables changent radicalement d’attitude. Ceux qui saluaient autrefois leurs voisins deviennent inaccessibles. Ils oublient ceux qui les ont accompagnés dans les moments difficiles et se comportent comme des héros politiques, alors que leur ascension est souvent le fruit de la confiance d’un leader et du sacrifice de milliers de militants anonymes.
La véritable grandeur d’un responsable politique ne se mesure pas à son cortège, à son protocole ou au montant des enveloppes qu’il distribue. Elle se mesure à sa capacité de rester proche de sa base, d’écouter ses militants, de respecter ses sympathisants et de porter un projet capable de convaincre par les idées.
Les responsables politiques doivent comprendre que leurs bases ne sont ni des indigènes, ni une foule manipulable. Elles sont composées d’hommes et de femmes dignes, souvent plus intègres et plus lucides que certains de leurs dirigeants.
L’électeur d’aujourd’hui vote de plus en plus selon sa conscience. La dignité, l’intégrité morale, la compétence et la crédibilité prennent progressivement le dessus sur les pratiques clientélistes.
Le message adressé aux futurs candidats est donc clair : investissez davantage dans vos militants que dans les apparences. Respectez celles et ceux qui vous suivent par conviction plutôt que ceux qui vous accueillent uniquement pour une enveloppe. Les premiers votent, mobilisent et convainquent ; les seconds ne représentent pas toujours une force électorale.
En politique, l’argent est une réalité. Mais il n’est pas toute la réalité. Les convictions, le respect, la reconnaissance et la confiance demeurent les véritables fondements des victoires durables.
Mamadou Camara
Journaliste
Camou Communication – Kaolack
