Quand le poligologue Mamadou Mao wane sonne l’alarme : la démocratie ne se gouverne pas au decret

Des analyses caressent le pouvoir dans le sens du poil. Et puis d’autres sifflent comme une sirène d’alarme au milieu d’un banquet où tout le monde feint de ne rien voir. L’intervention du politologue Mamadou Wane, dit Mao, appartient à cette seconde catégorie.

Son diagnostic est brutal : derrière le ballet des nominations judiciaires se jouerait une partie d’échecs où le véritable roi à abattre s’appellerait Ousmane Sonko. Les décrets auraient remplacé les matraques, les toges se substitueraient aux uniformes, et les couloirs des palais de justice deviendraient les nouveaux champs de bataille politique.

Si cette lecture est fondée, alors la rupture tant promise risque de finir dans le musée des promesses non tenues, juste à côté des slogans poussiéreux de ceux qui juraient hier combattre ce qu’ils semblent aujourd’hui recycler.

 

L’histoire sénégalaise est pourtant une vieille institutrice : elle distribue parfois des gifles mémorables à ceux qui refusent d’apprendre leurs leçons. Tous ceux qui ont cru pouvoir effacer Ousmane Sonko à coups de procédures, de décisions administratives ou de calculs de palais ont découvert une vérité dérangeante : on peut tenter de suspendre un homme, mais on ne suspend pas une adhésion populaire par simple signature.

Le peuple sénégalais n’est plus ce spectateur docile que certains imaginent encore. Il a traversé les tempêtes de 2021 à 2024. Il connaît désormais les ficelles des metteurs en scène du système. Il sait distinguer une décision de justice d’une justice mise au service d’une décision politique.

 

L’analyse de Mao Wane mérite donc d’être entendue, non parce qu’elle flatterait un camp, mais parce qu’elle rappelle une évidence souvent oubliée par les palais : la légitimité ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle peut se perdre plus vite qu’elle ne s’acquiert.

À vouloir transformer les institutions en remparts contre un adversaire politique, on finit souvent par transformer ces mêmes institutions en boomerang. L’histoire africaine regorge de stratèges persuadés d’avoir verrouillé le jeu… avant de découvrir que le peuple possédait toujours la clé.

En politique, la mémoire est parfois plus redoutable que les décrets. Et au Sénégal, cette mémoire marche encore debout.

 

Comme le souligne Mao Wane, sous-estimer la résilience d’un peuple qui s’est battu pendant des années pour imposer son choix démocratique serait une erreur de calcul monumentale. Les nominations passent. Les décrets s’empilent. Mais la souveraineté populaire, elle, finit toujours par réclamer ses droits.

Les apprentis horlogers de la démocratie feraient bien de s’en souvenir : on peut retarder l’heure… mais on n’arrête jamais le temps.

 

Malick BA

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