Professeur Souleymane Niang : l’itinéraire exceptionnel d’un pionnier des sciences et de l’université sénégalaise Mémoire-parcours-, oeuvre scientifique et héritage

Dans l’histoire intellectuelle et scientifique du Sénégal, certaines personnalités ont profondément marqué leur époque par leur savoir, leur engagement et leur vision. Le Professeur Souleymane Niang appartient incontestablement à cette génération de bâtisseurs qui ont consacré leur vie à la formation, à la recherche et au développement de l’enseignement supérieur.

Mathématicien de formation, enseignant, chercheur, universitaire et administrateur, Souleymane Niang a joué un rôle considérable dans la construction de l’université sénégalaise.

De ses premières années d’études à ses responsabilités à la tête de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, en passant par ses travaux scientifiques et son engagement dans la formation des enseignants, son itinéraire constitue un exemple remarquable de persévérance, d’excellence et de service à la nation.

Ce mémoire revient sur les différentes étapes de son parcours, son œuvre scientifique, son action universitaire et l’héritage qu’il a laissé aux générations suivantes.

LES PREMIÈRES ANNÉES : UNE VOCATION QUI PREND FORME

Le parcours de Souleymane Niang commence dans le nord du Sénégal, à Matam. Dès son jeune âge, il évolue dans un environnement où l’éducation et la transmission du savoir occupent une place importante.

Comme beaucoup de jeunes Sénégalais de sa génération, il est confronté à deux traditions éducatives : l’enseignement islamique traditionnel et l’école moderne.

Cette double formation contribue à forger chez lui une personnalité intellectuelle particulièrement ouverte.

Très tôt, ses capacités dans les disciplines scientifiques apparaissent. Les mathématiques deviennent progressivement son domaine de prédilection.

Son passage par l’École normale William Ponty de Sébikotane constitue une étape importante de sa formation. Cette institution, qui a formé plusieurs générations de cadres africains, joue alors un rôle majeur dans la préparation des futurs enseignants et responsables du continent.

Il poursuit ensuite ses études secondaires au lycée Van Vollenhoven de Dakar, aujourd’hui lycée Lamine Guèye.

Son passage au Concours général confirme exceptionnellement ses aptitudes intellectuelles. En 1949, alors qu’il est encore très jeune, Souleymane Niang obtient son baccalauréat avec une remarquable distinction.

Cette réussite ouvre devant lui les portes de l’enseignement supérieur et lui permet de poursuivre son rêve scientifique.

L’AVENTURE UNIVERSITAIRE EN FRANCE

L’obtention d’une bourse lui permet de poursuivre ses études en France.

Il rejoint l’Université de Toulouse, où il entreprend une formation supérieure dans les disciplines scientifiques.

Les mathématiques, la mécanique et l’astronomie occupent une place centrale dans son parcours.

Dans un environnement universitaire particulièrement exigeant, le jeune étudiant sénégalais démontre rapidement ses qualités intellectuelles.

Il ne se contente pas d’assimiler les connaissances qui lui sont enseignées. Il cherche également à comprendre, à approfondir et à produire de nouvelles connaissances.

Après ses études, il commence une carrière d’enseignant en France, notamment à Toulouse.

Mais son ambition ne se limite pas à construire une carrière personnelle à l’étranger.

Son regard reste tourné vers le Sénégal et l’Afrique.

Il comprend progressivement qu’un continent qui veut se développer doit disposer de ses propres scientifiques, de ses propres enseignants et de ses propres institutions de recherche.

Cette conviction va déterminer la suite de son parcours.

LE RETOUR AU SÉNÉGAL : SERVIR PAR LE SAVOIR

Le retour de Souleymane Niang au Sénégal constitue un tournant majeur.

À une époque où les institutions universitaires africaines sont encore en pleine construction, il choisit de mettre son expertise au service de son pays.

Il rejoint l’Université de Dakar, future Université Cheikh Anta Diop, et participe au développement de l’enseignement scientifique.

Dans les amphithéâtres et les laboratoires, il contribue à former une nouvelle génération d’étudiants.

Pour lui, l’université ne doit pas être seulement un lieu où l’on transmet des connaissances.

Elle doit également être un espace de recherche, de réflexion, d’innovation et de production intellectuelle.

Cette conception de l’université va progressivement devenir l’une des caractéristiques majeures de son action.

LE MATHÉMATICIEN ET LE CHERCHEUR

Le Professeur Souleymane Niang s’impose progressivement comme une figure importante des mathématiques et de la mécanique.

Ses recherches portent notamment sur la mécanique rationnelle, la dynamique analytique et les systèmes de particules.

En 1964, il soutient son doctorat d’État en sciences mathématiques.

Cette étape confirme son statut de chercheur de haut niveau.

Son travail scientifique ne se limite cependant pas à l’enseignement des connaissances existantes.

Il développe des réflexions originales sur les systèmes variables de particules et contribue à l’évolution de la recherche en mécanique.

Pour un pays récemment indépendant, disposer de scientifiques capables de produire de la connaissance à un niveau international constitue un enjeu considérable.

Souleymane Niang devient ainsi l’un des représentants de cette première génération de scientifiques sénégalais appelés à démontrer que l’Afrique pouvait également participer à la production mondiale du savoir scientifique.

UN ENSEIGNANT AU SERVICE DE LA FORMATION

Au-delà de ses recherches, Souleymane Niang accorde une importance particulière à la formation.

Il comprend que le développement scientifique du Sénégal dépend avant tout de la qualité de son système éducatif.

Il faut donc former des enseignants capables, à leur tour, de transmettre efficacement les mathématiques et les sciences aux générations futures.

C’est dans cette logique qu’il participe à la création de structures destinées à améliorer l’enseignement des mathématiques.

En 1968, il contribue notamment à la mise en place de l’Institut de recherches sur l’enseignement des mathématiques.

Cette initiative vise à moderniser l’enseignement de cette discipline et à accompagner les enseignants dans leur formation.

L’objectif est ambitieux : faire des mathématiques non plus une matière réservée à une minorité, mais une discipline accessible à un nombre toujours plus important d’élèves et d’étudiants.

LE PROFESSEUR TITULAIRE ET LE RESPONSABLE UNIVERSITAIRE

L’évolution de sa carrière universitaire le conduit progressivement vers les plus hautes responsabilités académiques.

En 1969, Souleymane Niang devient professeur titulaire de la chaire de mécanique rationnelle.

Cette nomination constitue une reconnaissance de son parcours scientifique et de son importance dans le monde universitaire.

Il assume ensuite d’importantes responsabilités au sein de la Faculté des Sciences.

Son action dépasse désormais le cadre de la salle de cours.

Il participe à l’organisation de l’université, à la définition des orientations pédagogiques et au développement de la recherche.

Son expérience scientifique lui permet de comprendre les besoins de l’université.

Son expérience d’enseignant lui permet également de mesurer les difficultés auxquelles sont confrontés les étudiants et les enseignants.

Cette double compétence devient l’un de ses principaux atouts.

SOULEYMANE NIANG ET L’UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP

L’un des moments les plus importants de sa carrière intervient lorsqu’il est nommé recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Il prend la direction de l’une des plus grandes institutions universitaires d’Afrique de l’Ouest.

La responsabilité est considérable.

L’université constitue déjà un centre majeur de formation des cadres sénégalais et africains.

À la tête de cette institution, Souleymane Niang défend une conception exigeante de l’université.

Pour lui, l’enseignement supérieur doit répondre aux besoins de la société tout en conservant son exigence scientifique.

Il insiste sur la nécessité de renforcer la recherche, de développer les compétences scientifiques et de faire de l’université un véritable moteur du développement national.

Son passage au rectorat restera comme une période importante de l’histoire de l’UCAD.

Après plusieurs années consacrées à cette responsabilité, il quitte la fonction de recteur, mais continue à jouer un rôle important dans le monde scientifique et universitaire.

Il recevra par la suite le titre de recteur honoraire de l’UCAD.

UN HOMME DE SCIENCE AU-DELÀ DES FRONTIÈRES

La réputation de Souleymane Niang dépasse rapidement les frontières du Sénégal.

Son expertise le conduit à participer à différentes activités scientifiques et universitaires sur le continent africain et à l’étranger.

Il s’investit notamment dans les questions liées à l’enseignement supérieur, aux mathématiques et à la recherche scientifique.

Son parcours illustre une réalité essentielle : la construction d’une université africaine ne peut pas être séparée de l’ouverture sur le monde.

Il encourage ainsi les échanges scientifiques et la coopération universitaire.

Son expérience internationale lui permet également de mesurer les défis auxquels sont confrontées les institutions africaines.

Mais son objectif reste toujours le même : renforcer les capacités scientifiques du Sénégal et de l’Afrique.

UN ENGAGEMENT DANS LA CONSTRUCTION DE L’ÉTAT

Souleymane Niang ne limite pas son engagement à l’université.

Son expertise et son expérience lui valent également d’être associé à plusieurs réflexions nationales.

Il devient notamment conseiller auprès des plus hautes autorités du pays.

Cette nouvelle responsabilité lui permet de mettre son expérience scientifique et universitaire au service de la réflexion sur les politiques publiques.

Il incarne ainsi une conception particulière de l’intellectuel : un universitaire qui ne se coupe pas de la société.

Pour lui, le savoir doit servir.

La science doit contribuer à résoudre les problèmes de la collectivité.

L’université doit participer à la construction du pays.

L’ACADÉMICIEN

Parallèlement à ses responsabilités universitaires, Souleymane Niang occupe une place importante dans les institutions scientifiques nationales.

Il participe à la structuration de la communauté scientifique sénégalaise et devient notamment président de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal.

Cette responsabilité traduit la reconnaissance de son parcours par ses pairs.

Elle témoigne également de son engagement en faveur de la promotion de la science au Sénégal.

À travers cette institution, la question de la recherche scientifique, de l’excellence académique et de la formation des jeunes chercheurs prend une place centrale.

UN MODÈLE POUR LA JEUNESSE

Le parcours de Souleymane Niang constitue également une leçon de vie.

Parti de Matam, il réussit à intégrer les plus hauts niveaux de la communauté scientifique internationale.

Mais son véritable mérite réside peut-être dans le choix de mettre son savoir au service de son pays.

Il aurait pu poursuivre une carrière entièrement internationale.

Il choisit cependant de revenir au Sénégal.

Ce choix mérite d’être souligné dans une époque où la question de la fuite des cerveaux demeure un défi pour de nombreux pays africains.

Son exemple démontre que la réussite individuelle peut être mise au service de la collectivité.

Il montre également que l’excellence scientifique n’est pas incompatible avec l’engagement national.

UNE VIE CONSACRÉE À LA SCIENCE

Pendant plusieurs décennies, Souleymane Niang aura consacré l’essentiel de son existence aux mathématiques, à l’enseignement et à l’université.

Son parcours traverse plusieurs périodes importantes de l’histoire du Sénégal : la période coloniale, l’indépendance, la construction de l’État et la transformation progressive de l’enseignement supérieur.

Il aura accompagné ces changements en participant directement à la construction des institutions scientifiques du pays.

Son œuvre ne peut donc pas être considérée uniquement sous l’angle de la recherche mathématique.

Elle doit également être appréciée à travers son rôle de bâtisseur.

Bâtisseur d’université.

Bâtisseur de compétences.

Bâtisseur d’une communauté scientifique.

Bâtisseur d’une vision de l’enseignement supérieur africain.

LA DISPARITION D’UN GRAND INTELLECTUEL

Le Professeur Souleymane Niang s’éteint le 30 août 2010 à Toulouse.

Il avait 81 ans.

Sa disparition constitue une perte importante pour le Sénégal et pour le monde universitaire africain.

Mais comme pour les grandes figures intellectuelles, la disparition physique ne signifie pas la disparition de l’œuvre.

Les étudiants qu’il a formés, les enseignants qu’il a accompagnés, les institutions auxquelles il a contribué et les générations de scientifiques inspirées par son parcours constituent une partie de son héritage.

UN HÉRITAGE QUI SE POURSUIT

Plusieurs années après sa disparition, le nom de Souleymane Niang continue de résonner dans le paysage universitaire sénégalais.

Son parcours est régulièrement cité comme un exemple d’excellence scientifique et d’engagement au service de la nation.

La décision de donner son nom à une université à Matam constitue une reconnaissance particulièrement symbolique.

Voir le nom d’un fils de Matam associé à une institution universitaire de sa région représente une forme de retour aux sources.

L’enfant devenu professeur, chercheur et recteur revient ainsi symboliquement dans sa terre natale sous la forme d’une institution destinée à former les nouvelles générations.

SOULEYMANE NIANG : UNE VISION DE L’EXCELLENCE

L’une des principales leçons de son parcours réside dans sa conception de l’excellence.

L’excellence, chez Souleymane Niang, n’était pas uniquement synonyme de diplômes.

Elle reposait sur trois dimensions : apprendre, transmettre et servir.

Apprendre pour maîtriser la connaissance.

Transmettre pour permettre aux autres de progresser.

Servir pour transformer cette connaissance en outil de développement.

Cette philosophie demeure particulièrement actuelle.

À une époque où le Sénégal cherche à renforcer son système universitaire, à développer la recherche et à former davantage de scientifiques, l’exemple de Souleymane Niang conserve toute sa pertinence.

CONCLUSION

Le Professeur Souleymane Niang appartient à cette génération exceptionnelle de Sénégalais qui ont compris très tôt que l’indépendance politique devait nécessairement être accompagnée d’une indépendance intellectuelle et scientifique.

Son parcours, de Matam à Toulouse, puis de Toulouse à Dakar, raconte l’histoire d’un homme qui a choisi la connaissance comme instrument d’émancipation.

Mathématicien, chercheur, enseignant, professeur titulaire, responsable universitaire, recteur, académicien et conseiller, il aura occupé de nombreuses fonctions.

Mais derrière ces titres demeure une même ambition : contribuer à la formation de l’homme et au développement de son pays.

Son œuvre scientifique constitue une partie de son héritage.

Son action dans l’enseignement supérieur en constitue une autre.

Mais son héritage le plus profond reste sans doute humain : les générations d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs qui ont bénéficié de son savoir et de son engagement.

Le Sénégal a connu de grands hommes de science.

Souleymane Niang est incontestablement l’un d’entre eux.

Son histoire rappelle qu’un pays ne se construit pas seulement avec des routes, des bâtiments et des infrastructures. Il se construit aussi avec des écoles, des universités, des laboratoires, des enseignants et des chercheurs.

Et dans cette œuvre de construction intellectuelle du Sénégal moderne, le nom du Professeur Souleymane Niang occupe une place particulière.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

chevron_left

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire
Nom
E-mail
Site