Sénégal – Médias et information : pour un journalisme plus responsable , crédible et au service de la nation Quand la crédibilité médiatique s'effrite, la profession tout entière est interpellée

Le paysage médiatique sénégalais connaît aujourd’hui de profondes mutations. L’arrivée de nouvelles générations de journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et professionnels de la communication contribue à renouveler les pratiques et à faire émerger de nouvelles exigences en matière de traitement de l’information.

 

Dans ce contexte, une question mérite d’être posée avec responsabilité : quelle place pour les pratiques qui fragilisent la crédibilité et l’honneur du journalisme ?

 

Certains professionnels, autrefois très suivis et particulièrement appréciés du public, semblent aujourd’hui avoir perdu une partie de leur audience et de leur influence. Le phénomène mérite d’être analysé sans polémique, mais avec lucidité.

 

La notoriété n’est jamais définitivement acquise. Elle se construit avec le temps, grâce au travail, à la rigueur, à l’éthique et au respect du public. Elle peut également s’éroder lorsque les prises de parole deviennent répétitives, excessivement partisanes ou éloignées des préoccupations quotidiennes des citoyens.

 

Le public évolue, les exigences aussi

 

Les auditeurs, téléspectateurs et internautes sénégalais sont aujourd’hui beaucoup plus exigeants. Ils disposent d’une multitude de sources d’information et peuvent confronter les analyses, vérifier les déclarations et apprécier eux-mêmes la qualité des traitements proposés.

 

Une partie du public attend désormais davantage de fond, de pédagogie, d’analyse et de propositions.

 

Le journalisme ne devrait donc pas être réduit à une succession de débats politiques ou à des affrontements médiatiques permanents. La politique constitue certes une dimension importante de la vie nationale, mais elle ne saurait être l’unique horizon de l’information.

 

Le Sénégal fait face à de nombreuses urgences : agriculture, élevage, hivernage et gestion de ses conséquences, éducation, santé, emploi, environnement, économie, développement local, sécurité alimentaire et amélioration des conditions de vie.

 

Ces sujets méritent autant, sinon davantage, d’attention médiatique.

 

Informer plutôt que divertir ou provoquer

 

Le journaliste a une responsabilité particulière dans une démocratie. Sa mission première est d’informer, d’expliquer, de vérifier et de contribuer à éclairer le citoyen.

 

Transformer volontairement une information inexacte en vérité, présenter une opinion comme un fait établi ou orienter systématiquement le public vers une lecture partisane des événements constitue une dérive préoccupante.

 

Le commentaire, l’analyse et l’éditorial ont parfaitement leur place dans les médias. Mais ils doivent être clairement distingués du traitement factuel de l’information.

 

La liberté de la presse implique également une grande responsabilité. Elle ne devrait jamais être confondue avec la liberté de manipuler, de déformer ou de servir des intérêts particuliers.

 

Le journalisme n’est pas un instrument de règlement de comptes

 

Il est également préoccupant de constater que certaines interventions médiatiques peuvent parfois donner l’impression que le journalisme est utilisé comme un moyen de nuire, de discréditer ou de régler des comptes.

 

Une telle pratique, lorsqu’elle est volontaire, porte atteinte à la confiance du public et finit par fragiliser toute la corporation.

 

Le journaliste professionnel ne devrait être l’instrument d’aucune stratégie destinée à transformer le mensonge en vérité ou à présenter une personne, une institution ou un groupe sous un angle volontairement déformé.

 

La critique est nécessaire. Le débat contradictoire est indispensable. Mais l’information doit rester fondée sur les faits, la vérification et la bonne foi.

 

La profession est noble : préservons son honneur

 

Le journalisme est une profession noble. Il exige de la passion, du courage, de la compétence et une solide conscience professionnelle.

 

La recherche du succès, de l’audience ou des intérêts matériels ne devrait jamais conduire un professionnel à hypothéquer son honneur et sa dignité.

 

Les jeunes journalistes qui arrivent aujourd’hui dans la profession doivent pouvoir trouver un environnement médiatique fondé sur l’exigence, la compétence et l’éthique. Les formations professionnelles et les écoles reconnues ont justement vocation à préparer des journalistes capables de comprendre les enjeux complexes de notre époque et de produire une information utile à la société.

 

Le journaliste n’est pas seulement celui qui parle à l’antenne. Il est aussi celui qui enquête, vérifie, contextualise, explique et donne la parole aux différentes parties.

 

Redescendre sur le terrain

 

À certains professionnels qui bénéficient encore d’une forte visibilité, il serait utile de rappeler une réalité simple : le public n’est jamais acquis définitivement.

 

Retourner sur le terrain, écouter les citoyens, rencontrer les agriculteurs, les éleveurs, les enseignants, les étudiants, les professionnels de santé, les entrepreneurs, les femmes et les jeunes permet de mesurer réellement les préoccupations du pays.

 

C’est également sur le terrain que l’on peut comprendre que les Sénégalais attendent des médias qu’ils contribuent à trouver des solutions, et pas seulement qu’ils entretiennent les polémiques.

 

Le silence face à la médiocrité n’est pas une solution

 

La responsabilité incombe également à l’ensemble de la corporation.

 

Face aux dérives professionnelles, le silence ne doit pas devenir la règle. Les organisations professionnelles, les rédactions, les responsables de médias et les journalistes eux-mêmes doivent contribuer à l’assainissement du secteur.

 

Il ne s’agit pas de censurer les opinions ni de faire taire les voix critiques. Il s’agit plutôt de défendre les principes fondamentaux du métier : exactitude, indépendance, responsabilité, respect de la personne humaine et intérêt général.

 

Lorsque la confiance disparaît, c’est toute la profession qui en paie le prix.

 

Le citoyen a droit à une information qui lui sert

 

Aujourd’hui plus que jamais, les citoyens ont besoin d’une information qui les aide à comprendre leur environnement et à prendre de bonnes décisions.

 

Une information sur l’agriculture peut aider un producteur. Une information sur la santé peut sauver une vie. Une information sur l’éducation peut orienter une famille. Une information sur les dégâts liés à l’hivernage peut contribuer à prévenir des risques. Une enquête économique peut permettre de mieux comprendre les difficultés des ménages.

 

Voilà le journalisme dont notre société a besoin.

 

Les audiences peuvent évoluer, les habitudes changer et les anciennes vedettes médiatiques perdre progressivement leur influence. Ce phénomène doit être perçu comme un signal à écouter plutôt que comme une attaque personnelle.

 

Il est temps, pour tous ceux qui exercent ce noble métier, de redescendre sur le terrain, de retrouver le sens de la responsabilité et de se rappeler que la notoriété passe, mais que l’honneur et la dignité restent.

 

Le journaliste professionnel doit rester au service de la vérité, du citoyen et de la nation.

 

La profession est noble. Ne la dévalorisons pas par des pratiques qui finissent par détruire la confiance du public.

Mamadou Camara

Journaliste-communicant

Kaolack

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