Serigne Bassirou Mbacké : un modèle de discipline mouride , de bâtisseur et de serviteur de la foi

Dans l’histoire de la Mouridiyya et de son implantation dans le Saloum, le nom de Serigne Bassirou Mbacké occupe une place particulière. Fils de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Khadimou Rassoul, et de Sokhna Faty Madoumane Diop, il fut à la fois un homme de foi, un érudit, un éducateur, un bâtisseur et un acteur majeur du développement religieux et agricole de plusieurs localités du Sénégal.

Son parcours constitue, encore aujourd’hui, un exemple de dévouement aux enseignements de Serigne Touba. Sa vie fut marquée par la recherche du savoir, la transmission, le travail et l’éducation des disciples par la pratique autant que par la parole.

Une formation religieuse exigeante

Né à Galla Yel, dans l’actuel département de Louga, Serigne Bassirou Mbacké bénéficia très tôt d’une solide formation coranique et religieuse. Il fut notamment confié à des maîtres reconnus pour leurs connaissances, avant de poursuivre son apprentissage en Mauritanie.

Cette formation lui permit d’acquérir une maîtrise importante du Coran, de la théologie, du droit islamique ainsi que de la langue et de la littérature arabes.

Mais chez lui, le savoir n’était jamais séparé de l’action. L’enseignement religieux devait être accompagné d’une conduite exemplaire, d’un travail honnête et d’un engagement permanent au service des autres.

De Porokhane au Saloum : une mission de transmission

Serigne Bassirou Mbacké connaissait particulièrement bien le Saloum. Il fréquentait notamment Porokhane, haut lieu de mémoire de la famille de Serigne Touba et où repose Sokhna Diarra Bousso, mère de Khadimou Rassoul.

Son installation dans la région ne fut pas simplement une démarche résidentielle. Elle répondait à une véritable mission : transmettre les enseignements de l’Islam et de la Mouridiyya, former les disciples et créer des espaces permettant aux fidèles de vivre leur foi dans le travail et la discipline.

Il passa notamment par Mbirkilane et Pakatiare avant de poursuivre son parcours à Darou Salam Kaël. Il y développa un cadre consacré à la prière, à l’enseignement du Coran, à l’étude de la Sunna et à la transmission des enseignements de Serigne Touba.

Kaolack et Ndorong : une empreinte indélébile

L’arrivée de Serigne Bassirou Mbacké à Kaolack constitue l’un des grands chapitres de son histoire.

Après un passage à Kasnack, où il participa à l’organisation de la communauté mouride autour d’un lieu de prière, l’affluence croissante des disciples l’amena à rechercher un espace plus vaste. Il s’installa ensuite à Boustane avant de rejoindre Ndorong, où son influence allait considérablement grandir.

À Ndorong, il ne se limita pas à l’enseignement religieux. Il développa également une importante activité agricole, convaincu que le travail de la terre constituait une composante essentielle de l’éducation et de l’autonomie des disciples.

Cette vision était parfaitement conforme à l’esprit du mouridisme : apprendre, prier, travailler et servir.

Les rapports administratifs de l’époque témoignaient déjà de l’influence grandissante du guide religieux à Kaolack. Entre 1929 et 1932, sa popularité auprès des populations et des disciples s’était considérablement renforcée.

Un homme profondément attaché à l’agriculture

L’une des caractéristiques les plus remarquables de Serigne Bassirou Mbacké demeure son attachement au travail agricole.

À une époque où l’agriculture constituait l’un des principaux moteurs de l’économie sénégalaise, il comprit que la formation du disciple mouride ne pouvait être dissociée du travail.

Il encouragea ainsi ses talibés à cultiver, à valoriser les terres et à vivre de leur labeur. Cette orientation prenait une importance particulière dans le contexte de l’époque, notamment lorsque les disciples mourides furent appelés à participer à l’effort agricole destiné à accompagner les grands projets de la communauté, dont la construction de la voie ferrée Diourbel-Touba et de la Grande Mosquée de Touba.

Chez Serigne Bassirou, l’agriculture était donc bien plus qu’une activité économique : elle participait à l’éducation morale du disciple.

Un éducateur et un rassembleur

Serigne Bassirou Mbacké a également marqué son époque par ses qualités humaines et sociales.

Son rapport avec les populations locales, ses voisins, ses disciples et même certaines autorités de l’administration coloniale était fondé sur le respect, le dialogue et la recherche de l’apaisement.

Son influence ne reposait pas uniquement sur son appartenance à la famille de Khadimou Rassoul. Elle s’expliquait également par son comportement, son savoir, sa disponibilité et sa capacité à transmettre.

Il enseignait aux disciples que la grandeur du mouride ne se mesure pas seulement au nombre de ses connaissances religieuses, mais également à son comportement, à son honnêteté, à son respect des autres et à son engagement dans le travail.

C’est cette combinaison entre spiritualité, savoir, discipline et action sociale qui a contribué à faire de lui une personnalité majeure du mouridisme dans le Saloum.

Un bâtisseur dans la continuité de Khadimou Rassoul

À travers Darou Salam Kaël, puis son implantation dans le Saloum et particulièrement à Ndorong, Serigne Bassirou Mbacké a participé à la construction d’une véritable civilisation du savoir et du travail.

Son ambition était de créer des espaces où le disciple pouvait apprendre le Coran, approfondir sa religion, prier, travailler la terre et vivre dans la solidarité.

Cette conception rappelle directement l’enseignement de son père, Serigne Ahmadou Bamba Mbacké, pour qui les communautés mourides devaient être des espaces de foi, d’éducation, de travail et de dévouement à Dieu.

Serigne Bassirou a ainsi consacré une grande partie de sa vie à faire vivre cet idéal.

Un héritage qui dépasse une génération

L’héritage de Serigne Bassirou Mbacké ne s’est pas arrêté à sa disparition. Sa descendance et ses disciples ont continué à porter une partie importante de son œuvre.

Parmi ses fils figurent notamment Serigne Cheikh Mouhamadoul Moustapha Mbacké, connu sous le nom de Serigne Moustapha Bassirou, ainsi que Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, Khalife général des Mourides.

Cette continuité familiale et spirituelle témoigne de l’importance de l’éducation et de la transmission dans l’œuvre de Serigne Bassirou.

Une vie consacrée à Serigne Touba

Au-delà des titres de guide religieux, d’érudit, de bâtisseur ou d’agriculteur, Serigne Bassirou Mbacké demeure avant tout, dans la mémoire de ses disciples, un serviteur profondément attaché à Khadimou Rassoul.

Sa vie fut une recherche permanente de conformité aux enseignements de son père et fondateur de la Mouridiyya.

Il a montré qu’un véritable disciple doit conjuguer la foi et l’action, la connaissance et l’humilité, la spiritualité et le travail.

C’est précisément cette cohérence qui explique la place qu’il continue d’occuper dans la mémoire collective des Mourides et particulièrement dans le Saloum, où son passage a profondément marqué l’histoire religieuse et sociale.

Une figure historique du mouridisme à Kaolack

Le parcours de Serigne Bassirou Mbacké est donc indissociable de l’histoire de Kaolack, Ndorong, Porokhane et du Saloum.

Il fut un homme de transmission, mais aussi un homme de terrain. Un guide religieux, mais également un travailleur. Un éducateur, mais aussi un bâtisseur.

À travers son action, il a contribué à consolider l’implantation du mouridisme dans une partie importante du centre du Sénégal et à transmettre à plusieurs générations les valeurs de foi, de discipline, de solidarité et de travail.

Le lundi 1er août 1966, Serigne Bassirou Mbacké s’éteignit à Darou Minam. Mais plus de cinq décennies après sa disparition, son souvenir demeure profondément enraciné dans la mémoire de ses disciples et dans l’histoire religieuse du Sénégal.

Serigne Bassirou Mbacké reste ainsi l’image d’un mouride accompli : un homme de foi et de savoir, un éducateur, un bâtisseur et surtout un serviteur fidèle de l’héritage de Khadimou Rassoul.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

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