Dix ans. Une décennie de combats, de controverses, de procès, de revers, de victoires électorales et de spectaculaires rebondissements.
Le 29 août 2016, Ousmane Sonko perdait son statut de fonctionnaire. Dix ans plus tard, celui qui avait été radié de la Fonction publique préside l’Assemblée nationale du Sénégal.
Entre ces deux dates, son parcours aura été tout sauf linéaire. Inspecteur des Impôts et Domaines, opposant, député, maire, candidat à la présidentielle, prisonnier, chef de gouvernement puis président de l’Assemblée nationale : Ousmane Sonko aura traversé, en une décennie, plusieurs des séquences les plus mouvementées de la vie politique sénégalaise contemporaine.
29 août 2016 : la radiation qui va changer son destin
Le 29 août 2016 marque un tournant décisif.
Un décret prononce la révocation d’Ousmane Sonko de la Fonction publique, sans suspension de ses droits à pension. Inspecteur des Impôts et Domaines, il est alors déjà engagé dans le combat politique à travers Pastef.
La sanction est officiellement liée à un manquement à l’obligation de discrétion professionnelle. Sonko, lui, inscrit cette décision dans un contexte plus large de confrontation avec le pouvoir de l’époque, notamment autour de ses prises de position publiques et de ses dénonciations de certaines pratiques dans la gestion des affaires publiques.
Ce qui devait mettre un terme à sa carrière administrative va finalement produire l’effet inverse.
La radiation libère un homme qui va désormais consacrer toute son énergie à la politique.
2017 : l’ancien fonctionnaire devient député
Un an seulement après sa radiation, Ousmane Sonko fait son entrée à l’Assemblée nationale.
Le fonctionnaire sanctionné devient parlementaire.
Cette première victoire électorale lui permet de transformer sa contestation en véritable projet politique. Son discours sur la gouvernance, la transparence, la souveraineté économique et la lutte contre les privilèges séduit progressivement une partie importante de l’électorat, particulièrement chez les jeunes.
2019 : la première présidentielle
En 2019, Ousmane Sonko se lance dans la course à la magistrature suprême.
Pour sa première participation à une présidentielle, il termine troisième derrière Macky Sall et Idrissa Seck.
Le résultat dépasse cependant le simple classement électoral. Sonko s’impose comme l’une des nouvelles figures majeures de l’opposition sénégalaise.
La dynamique est enclenchée.
2021-2022 : l’opposant au cœur de la tempête
Les années 2021 et 2022 vont accélérer sa montée en puissance, mais aussi placer le Sénégal dans une période de fortes tensions politiques et sociales.
Les procédures judiciaires qui le concernent, les manifestations et les affrontements entre ses partisans et les forces de l’ordre donnent à son combat une dimension nationale.
En janvier 2022, il remporte les élections municipales à Ziguinchor et devient maire de la capitale du Sud.
Quelques mois plus tard, les législatives renforcent encore son poids politique.
Sonko n’est désormais plus simplement un opposant qui dénonce le pouvoir. Il devient un responsable élu disposant d’un important ancrage populaire et territorial.
2023 : l’année des épreuves
2023 restera comme l’une des années les plus difficiles de son parcours.
Il est condamné à deux ans de prison ferme dans l’affaire l’opposant à Adji Sarr, pour corruption de la jeunesse. Dans l’affaire l’opposant à Mame Mbaye Niang, il est condamné à six mois de prison avec sursis pour diffamation.
Le bras de fer avec le pouvoir s’intensifie.
Pastef est dissous par les autorités. Ousmane Sonko est arrêté puis placé en détention.
Il entame une grève de la faim qui suscite une vive inquiétude au sein de son camp et au-delà.
Pour ses partisans, les procédures judiciaires constituent une volonté de l’écarter de la présidentielle de 2024. Le pouvoir et ses adversaires politiques défendent, eux, la légitimité des procédures engagées contre lui.
Le Sénégal traverse alors l’une des périodes politiques les plus tendues de son histoire récente.
Fin 2023 : un premier retournement
Alors que son avenir politique semble fortement compromis, un nouveau rebondissement intervient.
Le 14 décembre 2023, le tribunal de Dakar ordonne sa réintégration sur les listes électorales après avoir annulé sa radiation.
Cette décision relance ses espoirs de participer à la présidentielle.
Mais la bataille n’est pas terminée.
Janvier 2024 : la candidature écartée
Le 5 janvier 2024, le Conseil constitutionnel rejette son dossier de candidature à l’élection présidentielle.
Sa condamnation dans l’affaire Mame Mbaye Niang constitue notamment un obstacle juridique à sa participation.
Une nouvelle fois, la route vers le Palais présidentiel semble se fermer.
Mais Ousmane Sonko va choisir une autre voie.
Mars 2024 : celui qui ne pouvait pas être candidat fait gagner son camp
Empêché de concourir directement à la présidentielle, Ousmane Sonko porte son choix sur Bassirou Diomaye Faye.
Le pari est spectaculaire.
Le 24 mars 2024, Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection présidentielle dès le premier tour.
Quelques jours plus tard, le 2 avril, il nomme Ousmane Sonko Premier ministre.
Huit ans après sa radiation de la Fonction publique, l’ancien inspecteur des Impôts et Domaines devient chef du gouvernement.
Le symbole est puissant.
Celui qui avait été écarté de l’administration se retrouve désormais à la tête de l’exécutif.
Novembre 2024 : la majorité parlementaire
Les législatives anticipées de novembre 2024 consacrent à nouveau la puissance électorale de Pastef.
Le parti obtient 130 sièges sur 165.
La nouvelle majorité dispose désormais d’une assise parlementaire considérable.
Ousmane Sonko devient l’un des hommes politiques les plus puissants du pays, à la tête du gouvernement et d’un parti dominant l’Assemblée nationale.
22 mai 2026 : nouveau coup de théâtre
Après plus de deux années à la Primature, nouveau bouleversement.
Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko comme Premier ministre et dissout le gouvernement.
Le départ de la Primature intervient dans un contexte de tensions et de divergences au sein du pouvoir.
Une page semble se tourner.
Mais, une nouvelle fois, le parcours de Sonko prend une direction inattendue.
Mai 2026 : de la Primature au perchoir
Quelques jours après son départ du gouvernement, le paysage institutionnel connaît un nouveau bouleversement.
El Malick Ndiaye quitte la présidence de l’Assemblée nationale tout en conservant son mandat de député.
Ousmane Sonko retrouve alors son siège de parlementaire.
Et le 26 mai 2026, nouveau retournement : il est élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés.
En quelques jours, celui qui venait de quitter la Primature retrouve une position institutionnelle majeure.
Le voilà désormais à la tête du Parlement, deuxième personnalité de l’État.
Juin 2026 : le nouveau bras de fer institutionnel
Son retour à l’Assemblée nationale est contesté par des députés de l’opposition.
Le dossier est porté devant le Conseil constitutionnel.
Le 17 juin 2026, la haute juridiction se déclare incompétente pour examiner le recours introduit contre cette réintégration.
Le nouveau président de l’Assemblée nationale peut ainsi poursuivre son mandat à la tête du Parlement.
Août 2026 : dix ans après, le symbole est saisissant
Dix ans se sont écoulés depuis cette journée du 29 août 2016 où Ousmane Sonko avait été radié de la Fonction publique.
Dix ans durant lesquels il aura connu presque toutes les positions du jeu politique sénégalais.
Fonctionnaire.
Opposant.
Député.
Candidat à la présidentielle.
Maire.
Chef de parti.
Prisonnier.
Candidat empêché.
Premier ministre.
Et désormais président de l’Assemblée nationale.
Une succession de statuts qui raconte à elle seule l’ampleur de son parcours.
Des épreuves aux responsabilités
Son itinéraire est marqué par des moments de rupture.
La radiation de 2016.
La montée de Pastef.
La présidentielle de 2019.
Les manifestations et les tensions de 2021-2023.
Les procédures judiciaires et les condamnations.
La dissolution de Pastef.
L’emprisonnement.
La radiation des listes électorales puis la bataille judiciaire pour sa réintégration.
L’irrecevabilité de sa candidature à la présidentielle de 2024.
La victoire de son camp avec Bassirou Diomaye Faye.
La Primature.
La victoire écrasante de Pastef aux législatives.
Le départ brutal du gouvernement en mai 2026.
Son retour à l’Assemblée nationale.
Et, quelques jours plus tard, son élection au perchoir.
2026-2029 : une nouvelle séquence politique
À l’approche de la présidentielle de 2029, Ousmane Sonko reste au centre du jeu politique.
À l’Assemblée nationale, il dispose d’un poste institutionnel de premier plan et dirige un parti qui conserve une majorité parlementaire considérable.
Mais le prochain rendez-vous présidentiel pourrait constituer une nouvelle étape de son parcours.
Après avoir été empêché de participer à la présidentielle de 2024, après avoir contribué à porter son candidat au pouvoir, après avoir dirigé le gouvernement puis pris la présidence de l’Assemblée nationale, la question de son avenir politique au-delà de 2026 se pose déjà.
Et avant 2029, son parcours pourrait encore connaître de nouveaux rebondissements, notamment au sein même de la majorité au pouvoir.
Dix ans, une trajectoire qui interpelle
Le 29 août 2016, Ousmane Sonko quittait la Fonction publique.
Le 26 mai 2026, il prenait la présidence de l’Assemblée nationale.
Entre ces deux dates, le chemin aura été semé d’obstacles.
Il aura connu les tribunaux et les urnes, la contestation et le pouvoir, la prison et les palais de la République, les défaites électorales et les victoires historiques.
Ses partisans parlent d’un parcours de résistance et de résilience.
Ses adversaires retiennent davantage les crises, les confrontations et les ruptures qui ont accompagné son ascension.
L’histoire, elle, retiendra surtout une trajectoire politique exceptionnelle par sa vitesse et ses rebondissements.
Dix ans après sa radiation, Ousmane Sonko est toujours au cœur de l’histoire politique du Sénégal.
Et à trois ans de la présidentielle de 2029, une certitude demeure : le prochain chapitre de cette trajectoire n’est pas encore écrit.
De la radiation au perchoir : dix ans pour passer de fonctionnaire sanctionné à l’un des hommes les plus puissants de la République.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
