Le 4 décembre 1969, Cheikh Al Islam El-Hadji Ibrahima Niass, plus connu sous le nom de Baye Niass, adressait depuis Kaolack une lettre au ministre sénégalais de l’Éducation nationale. Dans cette correspondance, il demandait le retrait de l’enseignement d’un manuel d’histoire utilisé dans les classes de troisième, estimant que certains passages consacrés à l’islam et au Prophète Muhammad (PSL) étaient susceptibles de heurter profondément la sensibilité des élèves musulmans.
Le livre concerné était intitulé « Histoire – Programme africain et malgache », Collection C.A.R.A.R., classe de 3e.
Une intervention motivée par le climat scolaire
Dans sa lettre, Baye Niass explique avoir été informé de discussions devenues particulièrement vives entre élèves et collègues de confessions différentes. Selon les informations qui lui étaient rapportées, ces tensions auraient été liées à la manière dont certaines leçons d’histoire présentaient l’origine de l’islam et la figure du Prophète.
Le guide religieux estimait que la représentation et le traitement de ces questions dans le manuel étaient de nature à provoquer incompréhensions, contestations et tensions parmi les jeunes élèves.
Il mettait notamment en garde contre les conséquences que pourrait avoir, selon lui, l’enseignement d’un contenu religieux jugé inexact ou irrespectueux dans un pays où la population musulmane était très majoritaire.
Baye Niass invoque la paix et la cohésion nationale
Au-delà de la question du manuel, la démarche de Baye Niass s’inscrivait dans une préoccupation plus large : préserver la paix sociale et la coexistence entre les différentes communautés religieuses du Sénégal.
Dans sa correspondance, il appelle ainsi les autorités à prendre les dispositions nécessaires afin d’éviter que les enseignements dispensés dans les établissements scolaires ne deviennent une source de conflit entre élèves de confessions différentes.
Il demande au ministre de l’Éducation nationale de faire retirer le manuel des établissements scolaires sénégalais, publics comme privés, et sollicite également une réflexion sur sa circulation sur le territoire national.
Le contrôle des contenus consacrés aux religions
Baye Niass formule par ailleurs une demande qui dépasse le seul cas de ce manuel : il souhaite que les textes portant sur l’islam et, plus largement, sur les religions enseignées dans les écoles fassent l’objet d’un contrôle préalable.
Son argumentation s’appuie notamment sur le caractère laïque de l’État sénégalais. Pour lui, la laïcité devait garantir à la fois l’absence de propagande religieuse dans l’école publique et le respect des différentes religions.
Sa démarche, écrit-il en substance, ne relevait pas d’un quelconque parti pris religieux, mais d’une volonté de contribuer à la préservation du calme, de la compréhension mutuelle et de la coexistence pacifique dans le pays.
Une lettre qui témoigne d’une époque
Cette correspondance du 4 décembre 1969 constitue aujourd’hui un document historique intéressant sur les rapports entre autorités religieuses, pouvoir politique et système éducatif dans le Sénégal des premières années de l’indépendance.
Elle témoigne également de l’influence qu’exerçait déjà Baye Niass dans les débats touchant à la place de l’islam dans la société sénégalaise.
Plus d’un demi-siècle après, cette lettre invite à revisiter une période où les questions liées à l’enseignement de l’histoire, à la représentation des religions et à la laïcité suscitaient déjà des débats au Sénégal.
Source : correspondance de Cheikh Al Islam El-Hadji Ibrahima Niass adressée au ministre de l’Éducation nationale, Kaolack, 4 décembre 1969.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
