Malicounda — La célébration du Maouloud 2026 à Malicounda a été placée sous le signe du souvenir et de la ferveur religieuse. Dans cette cité spirituelle du département de Mbour, où la communauté hamalliste perpétue depuis plusieurs décennies les enseignements de ses guides, la nuit consacrée à la naissance du Prophète Mouhamed (PSL) a résonné de zikroullah, de prières, de récitations et de chants religieux.
Mais derrière cette ferveur, une absence était particulièrement perceptible : celle de Cheikh Tahirou Doucouré, figure emblématique de Malicounda, érudit islamique et guide respecté de la communauté hamalliste.
Pour beaucoup de fidèles, il était difficile de vivre cette nouvelle édition du Maouloud sans penser à celui qui avait fait de cette célébration un rendez-vous religieux majeur. Pendant de longues années, Cheikh Tahirou Doucouré avait accueilli à Malicounda des milliers de fidèles venus célébrer la naissance du Prophète (PSL), transmettre la connaissance et écouter la parole d’un homme dont l’érudition était reconnue bien au-delà des frontières du Sénégal.
Cette année encore, à travers les zikr, les invocations et les prières, son souvenir semblait habiter les lieux. Son ombre, au sens spirituel du terme, planait sur la cérémonie. Les talibés de Cheikhna Hamahoullah, profondément attachés à sa mémoire, ont pensé à leur guide, à ses enseignements, à sa voix et à cette présence qui avait longtemps rythmé la vie religieuse de Malicounda.
Un vide difficile à combler
La disparition de Cheikh Tahirou Doucouré, le 28 avril 2024 à Dakar, à l’âge de 97 ans, avait plongé la communauté religieuse dans une profonde tristesse. Il a été inhumé le lendemain à Malicounda, sa terre natale et son principal foyer spirituel.
Depuis, la famille religieuse tente de perpétuer son héritage. Mais son absence demeure particulièrement ressentie lors des grands rendez-vous religieux.
Pour les talibés hamallistes, le départ du professeur des sciences islamiques a laissé un vide incommensurable. Il n’était pas seulement un guide spirituel. Il incarnait également une mémoire, une bibliothèque vivante et un lien entre plusieurs générations de disciples.
Sa parole, empreinte de connaissance et de sagesse, avait fini par s’inscrire dans le paysage religieux sénégalais. Sa disparition a donc constitué une perte pour Malicounda, mais également pour la communauté islamique sénégalaise.
Un parcours marqué par la connaissance et la spiritualité
Né à Malicounda Bambara en 1927, Cheikh Tahirou Doucouré avait reçu sa première éducation religieuse dans le cercle familial. Son père, Fodié Aboubakry Boulamba Doucouré, était lui-même un érudit reconnu et l’un des premiers moukhaddam de Cheikh Ahmadou Hamahoullah à Nioro du Sahel, au Mali.
Le jeune Tahirou Doucouré a ainsi été formé dans un environnement profondément marqué par la connaissance islamique et l’enseignement spirituel. Son parcours l’a ensuite conduit à approfondir son savoir et à devenir l’une des grandes figures intellectuelles de la tradition hamalliste.
Sa maîtrise des sciences islamiques, mais également de plusieurs langues et disciplines, a contribué à faire de lui une personnalité singulière. Ses travaux et ses réflexions sur des questions religieuses, notamment dans le domaine de l’héritage selon le rite malikite, ont été appréciés dans les milieux intellectuels et religieux.
Une figure majeure de l’islam sénégalais
Au-delà de son rôle au sein de la communauté hamalliste, Cheikh Tahirou Doucouré occupait une place particulière dans l’histoire religieuse et intellectuelle du Sénégal.
Son ouverture d’esprit et sa connaissance des réalités nationales lui avaient également permis d’entretenir des relations avec plusieurs grandes figures religieuses du pays. Il était notamment connu pour ses rapports avec différents guides religieux sénégalais, ainsi que pour son rôle dans les relations entre les autorités publiques et les familles religieuses.
Son parcours l’avait également conduit à collaborer avec le président Léopold Sédar Senghor. Il fut présenté comme le premier membre d’une famille religieuse sénégalaise à avoir été nommé ministre chargé des Affaires religieuses sous le premier président du Sénégal.
Cette trajectoire témoigne de la dimension à la fois religieuse, intellectuelle et nationale de l’homme.
Malicounda, terre de mémoire
En 2026, Malicounda continue donc de célébrer le Maouloud, mais avec une conscience plus forte de l’héritage laissé par celui qui en avait fait l’un des grands rendez-vous de la communauté hamalliste.
La famille Doucouré, les disciples et les fidèles se souviennent toujours de lui. Dans les maisons, dans les lieux de prière et au cœur des rassemblements religieux, son nom demeure présent.
Le Maouloud n’est pas seulement une occasion de célébrer la naissance du Prophète Mouhamed (PSL). À Malicounda, il est aussi devenu un moment privilégié pour transmettre la mémoire des grandes figures spirituelles qui ont consacré leur existence à la religion et à l’éducation des générations.
Cheikh Tahirou Doucouré appartient désormais à cette mémoire.
Son enseignement demeure, ses écrits restent, ses disciples poursuivent leur chemin et la tradition religieuse qu’il a contribué à consolider continue de vivre.
En cette édition 2026 du Maouloud, les voix des fidèles se sont élevées dans le zikroullah, les prières et les invocations. Et derrière chaque récitation, beaucoup ont sans doute retrouvé le souvenir de celui qui fut, pendant des décennies, l’une des grandes voix religieuses de Malicounda.
Cheikh Tahirou Doucouré est parti, mais son empreinte demeure.
Que Dieu l’accueille dans Son vaste Paradis et accorde à sa famille, à ses disciples et à l’ensemble de la communauté hamalliste la force de poursuivre son œuvre spirituelle.
Mamadou Camara – Journaliste
Kaolack
