Bacary Sarr : un universitaire à la tête de la communication : le pari du dialogue et de la refondation du secteur des médias

La nomination de Dr Bacary Sarr à la tête du ministère de la Communication et des Relations avec les Institutions, avec la fonction de porte-parole du Gouvernement, ouvre une nouvelle page dans l’histoire récente du secteur des médias au Sénégal.

Nommé le 1er juin 2026, Bacary Sarr arrive avec un profil singulier : celui d’un universitaire, d’un homme de culture et d’un spécialiste de la littérature, de l’esthétique et de l’histoire du cinéma. Docteur en Lettres modernes et Maître de conférences à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), il connaît également les problématiques liées aux industries culturelles et audiovisuelles.

Avant d’accéder au ministère de la Communication, il avait déjà fait son entrée dans le Gouvernement en avril 2024 comme Secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique. Son passage par la commission de sélection des projets du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA) lui a, par ailleurs, permis d’être au contact des enjeux liés à la création, à la production audiovisuelle et au développement des industries culturelles.

Une arrivée placée sous le signe de l’ouverture

L’un des premiers signaux envoyés par le nouveau ministre est particulièrement significatif : aller à la rencontre des médias et de leurs professionnels.

Plutôt que de rester dans les bureaux du ministère, Bacary Sarr a entrepris une démarche de proximité en effectuant des visites de prise de contact dans les médias, notamment à l’Agence de presse sénégalaise (APS). À cette occasion, il a clairement affiché sa volonté de privilégier le dialogue, la concertation et « l’intelligence collective ».

Cette démarche traduit une philosophie qui pourrait être déterminante pour la suite : écouter d’abord pour mieux agir ensuite.

Le ministre a d’ailleurs affiché l’ambition de construire un secteur médiatique plus organisé, mieux régulé, professionnel et apaisé, tout en réaffirmant l’importance de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie.

Un secteur confronté à de nombreuses difficultés

Mais au-delà des déclarations de principe, le nouveau ministre hérite d’un secteur confronté à des problèmes profonds.

La presse sénégalaise fait face à une équation économique de plus en plus difficile : baisse des recettes publicitaires, faiblesse des ressources propres, précarité de nombreux professionnels, concurrence des réseaux sociaux, transformation numérique accélérée et difficultés de financement des entreprises de presse.

À cela s’ajoutent les questions liées à la régulation, à la reconnaissance professionnelle, à la formation continue des journalistes, à la protection sociale des travailleurs des médias et à la viabilité des entreprises.

Le défi est donc immense : comment garantir une presse libre et responsable tout en lui permettant de vivre économiquement ?

Les grandes questions qui attendent des réponses

Le ministre Bacary Sarr pourrait ainsi être appelé à travailler, avec les organisations professionnelles et les entreprises de presse, sur plusieurs dossiers prioritaires :

La viabilité économique des entreprises de presse et la recherche de mécanismes de financement durables ;

L’accès équitable à la publicité, notamment celle provenant des grandes entreprises et des structures publiques ;

La réforme et l’efficacité du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) ;

La situation sociale des journalistes et techniciens, souvent confrontés à la précarité et à l’absence de garanties sociales suffisantes ;

La professionnalisation du secteur, avec une meilleure reconnaissance des journalistes et des métiers de la communication ;

La formation et le renforcement des capacités, particulièrement face aux mutations numériques et à l’intelligence artificielle ;

La transition numérique des médias traditionnels, qui nécessite des investissements importants ;

La question de la concurrence entre médias traditionnels et plateformes numériques ;

La lutte contre la désinformation et les fausses nouvelles, sans porter atteinte à la liberté d’expression ;

La protection des journalistes dans l’exercice de leur métier ;

L’équilibre entre liberté de la presse, responsabilité, éthique et respect de la législation ;

La relance des médias régionaux, indispensables à l’équilibre territorial de l’information ;

La place des langues nationales dans les médias et la production de contenus adaptés aux réalités des différentes régions ;

Le développement de l’audiovisuel et de la production nationale, notamment pour offrir davantage d’opportunités aux jeunes professionnels.

Réconcilier l’État et les médias

L’autre chantier, peut-être le plus délicat, est celui de la confiance.

Le secteur des médias a connu ces dernières années des relations parfois tendues avec les pouvoirs publics. Le nouveau ministre dispose donc d’une occasion historique : réinstaller un dialogue permanent entre l’État, les entreprises de presse et les organisations professionnelles.

Son approche semble aller dans cette direction. Il a affirmé que le Gouvernement entend promouvoir un dialogue permanent avec les acteurs des médias et favoriser un climat apaisé dans le secteur. Il a également annoncé le travail autour d’une stratégie nationale de communication destinée notamment à améliorer l’accès des citoyens à une information de qualité sur l’ensemble du territoire.

Cette volonté d’écoute devra maintenant se traduire par des actes concrets.

Un ministre face à un tournant historique

Avec son expérience universitaire, son passage par la Culture et sa connaissance des industries créatives et audiovisuelles, Bacary Sarr possède un profil qui peut lui permettre d’appréhender la communication comme un véritable outil de développement.

Son défi sera toutefois de dépasser la seule communication institutionnelle pour s’attaquer aux problèmes structurels qui fragilisent la presse.

Il lui faudra surtout maintenir cette proximité avec les professionnels, multiplier les concertations et transformer les préoccupations exprimées par les acteurs en politiques publiques concrètes.

L’ouverture est là. L’écoute semble également au rendez-vous. Reste maintenant le plus difficile : apporter des réponses aux problèmes qui plombent le secteur depuis plusieurs années.

Si Bacary Sarr réussit à restaurer la confiance, à contribuer à la viabilité économique des médias et à instaurer un cadre de dialogue permanent avec la corporation, son passage au ministère pourrait marquer un véritable tournant dans la relation entre l’État et la presse sénégalaise.

Car, au fond, une démocratie forte a besoin d’un État responsable, mais aussi d’une presse libre, professionnelle, indépendante et économiquement viable.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

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