La politique ne se gagne plus uniquement sur le terrain. Elle se joue également dans les médias, dans les réseaux sociaux, dans les quartiers et surtout dans la capacité à occuper durablement l’espace public. Dans un contexte politique devenu particulièrement hétérogène, où manipulation, intoxication et désinformation sont devenues des armes de combat politique, la communication constitue désormais un enjeu stratégique majeur.
C’est dans ce contexte qu’une question mérite d’être posée au sein de PASTEF : le parti ne mise-t-il pas trop sur son « armée numérique » au détriment des médias classiques et de la communication de proximité ?
Certes, certains responsables sortent régulièrement dans les médias traditionnels pour participer à des émissions et défendre les positions du parti. Mais, dans plusieurs localités, le constat est tout autre : les responsables locaux sollicitent encore trop peu les plateaux de télévision, les radios et les émissions interactives, alors que ces espaces demeurent extrêmement influents auprès des populations.
Pendant ce temps, les adversaires politiques occupent progressivement le terrain médiatique, multiplient les sorties et profitent de cette absence pour développer leur marketing politique, imposer leurs narratifs et parfois laisser prospérer des informations qui mériteraient d’être déconstruites.
La communication locale, un maillon faible ?
PASTEF dispose d’une force numérique incontestable. Ses militants et sympathisants ont démontré leur capacité à investir massivement les réseaux sociaux, à relayer les messages et à défendre les positions du parti.
Mais les réseaux sociaux ne peuvent pas tout faire.
Une formation politique implantée à l’échelle nationale doit également disposer d’une communication locale permanente, structurée et professionnelle. Les responsables à la base doivent être capables d’expliquer les politiques publiques, de répondre aux critiques, de déconstruire les intoxications et surtout de maintenir un dialogue régulier avec les populations.
Or, depuis une période relativement longue, ce sont souvent les mêmes responsables nationaux qui occupent l’espace médiatique pour expliquer, répondre et défendre la ligne politique du parti.
Pourquoi ne pas davantage responsabiliser et former les cadres locaux afin qu’ils deviennent eux aussi des relais efficaces de la communication politique ?
L’« armée numérique » ne doit pas devenir une illusion de puissance
Le succès d’une stratégie numérique ne doit pas conduire à penser que les réseaux sociaux constituent l’unique voie vers la réussite politique.
Les contextes changent. Les adversaires s’adaptent. Les méthodes de communication évoluent. Les populations aussi.
Miser exclusivement sur le numérique serait donc une erreur d’appréciation.
La communication politique est un métier. Elle s’apprend, se planifie et s’adapte. Un parti peut disposer d’une importante communauté numérique et pourtant perdre la bataille du récit dans certaines zones s’il n’occupe pas suffisamment les médias de proximité et le terrain.
Il faut donc penser en termes de stratégie globale : réseaux sociaux, télévision, radio, presse écrite, médias en ligne, communication de proximité, rencontres citoyennes et présence permanente sur le terrain.
Un autre défi : l’ouverture et la massification
Autre interrogation qui mérite d’être posée : l’ouverture du parti aux nouveaux adhérents et sympathisants.
La massification d’une formation politique ne peut être durable que si elle s’accompagne d’une véritable politique d’ouverture, d’intégration et de responsabilisation. Fermer les portes, même involontairement, à des compétences, à de nouveaux militants ou à des personnes désireuses de participer à la construction du projet politique pourrait, à terme, constituer un handicap.
PASTEF doit donc éviter de vivre sur ses acquis et continuer à élargir sa base.
Une alerte, pas un procès
Cette réflexion ne constitue ni un procès ni une remise en cause de la force politique du parti. Elle se veut plutôt une alerte et un appel à l’anticipation.
PASTEF a remporté des batailles importantes grâce notamment à une mobilisation numérique exceptionnelle. Mais une formation politique appelée à durer doit constamment réévaluer ses méthodes.
Il faut préparer la prochaine étape avant que les failles ne deviennent des crises.
L’heure est peut-être venue de renforcer la communication locale, de former davantage de responsables à la prise de parole médiatique, de diversifier les porte-paroles, d’investir les médias classiques et de mieux coordonner communication numérique et communication de terrain.
Car en politique, le terrain compte. Le numérique compte. Mais celui qui maîtrise le récit, partout et en permanence, dispose souvent d’un avantage décisif.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
