FDR Kaolack : à mi-mandat, le régime Diomaye-Sonko sévèrement critiqué
Deux ans et demi après l’arrivée au pouvoir du régime de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, le Front pour la défense de la République (FDR) dresse un bilan particulièrement critique de la gouvernance actuelle. Pour les responsables de la structure à Kaolack, les principaux indicateurs économiques, sociaux et institutionnels témoigneraient d’une situation préoccupante.
Héritier, selon ses détracteurs, d’un pays qui affichait des perspectives de croissance parmi les plus importantes d’Afrique, le régime actuel aurait, en deux ans et demi, fait passer le Sénégal « du vert au rouge, sans transition par l’orange ». Une lecture politique assumée par le FDR, qui dénonce ce qu’il qualifie d’« incompétence criarde », associée à une volonté de revanche politique.
Selon les responsables du FDR Kaolack, cette orientation aurait progressivement transformé la gouvernance publique en un espace marqué par les règlements de comptes, les tâtonnements économiques et ce qu’ils considèrent comme des régressions institutionnelles.
Une économie confrontée à de fortes incertitudes
Sur le plan économique, le FDR pointe notamment les conséquences de la révélation des importantes révisions des données relatives aux finances publiques et à la dette. Le FMI a effectivement consacré une partie de ses travaux à la question des « inexactitudes » dans les données budgétaires sénégalaises et aux mesures correctives nécessaires.
Après une longue période de suspension des relations programmatiques avec le FMI, les services du Fonds et les autorités sénégalaises sont parvenus, le 1er septembre 2026, à un accord au niveau des services en vue d’un nouveau programme de 36 mois, d’environ 2,2 milliards de dollars, sous réserve de l’approbation du Conseil d’administration du FMI.
Pour le FDR, les incertitudes liées à la dette, la remise en cause de certains contrats, l’arrêt ou la suspension de certains chantiers ainsi que les interrogations sur l’environnement des affaires ont contribué à fragiliser la confiance des investisseurs.
Les données de la CNUCED montrent effectivement une forte baisse des flux d’investissements directs étrangers : après 3,319 milliards de dollars en 2024, les entrées d’IDE au Sénégal sont tombées à 337 millions de dollars en 2025. Sur la période 2020-2024, la moyenne annuelle s’établissait à environ 3,094 milliards de dollars.
Le FDR estime que cette évolution doit interpeller les autorités sur l’attractivité du Sénégal et la nécessité de restaurer un climat favorable à l’investissement.
Les urgences sociales au cœur des critiques
Sur le terrain social, les responsables du FDR dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une multiplication des urgences non résolues : inondations, difficultés des producteurs agricoles, chômage des jeunes, retards dans certains paiements sociaux et pression persistante sur le pouvoir d’achat.
Les inondations continuent notamment de peser sur le quotidien de nombreuses familles, tandis que le FDR évoque les difficultés rencontrées dans plusieurs filières agricoles, notamment l’arachide, l’horticulture et le riz.
La question de l’emploi des jeunes constitue également une préoccupation majeure. Pour les responsables du FDR Kaolack, l’arrêt ou le ralentissement de certains chantiers et les difficultés rencontrées dans plusieurs structures publiques ou parapubliques accentuent la précarité.
Bourses familiales : une suspension qui a marqué les ménages
Le FDR revient également sur la question des bourses de sécurité familiale. Le programme a connu une période de suspension avant l’annonce de la reprise des paiements en septembre 2026.
Les chiffres officiels indiquent toutefois une évolution du dispositif : le nombre de bénéficiaires doit passer de 355 013 à 469 497 en 2026, avec une enveloppe budgétaire portée de 52 à 70 milliards de francs CFA. Le gouvernement a annoncé une reprise des paiements avant la fin septembre.
Le FDR considère néanmoins que la période d’attente a fortement affecté les ménages qui dépendaient de cette aide.
« Jub, Jubal, Jubanti » face aux accusations de manque de transparence
Autre volet de la critique : la gouvernance et la transparence.
Le FDR estime qu’un fossé s’est creusé entre les engagements annoncés autour de l’éthique publique et certaines pratiques qu’il juge contestables. Les responsables de la coalition citent, à titre d’exemples, plusieurs dossiers ayant suscité des controverses publiques, notamment Aser, Yakaar-Teranga, le Fonds de la paix en Casamance, l’ONAS, la DER/FJ, Dubai Port World, les fonds liés aux inondations à Bakel ainsi que différentes questions relatives aux programmes destinés aux étudiants.
Ces dossiers sont présentés par le FDR comme autant de sujets nécessitant, selon lui, davantage de transparence et d’éclaircissements.
La coalition dénonce également ce qu’elle considère comme un écart entre la promesse de rupture et certaines pratiques de nomination, de gestion administrative et de gouvernance.
Justice et libertés : le FDR dénonce une « justice à la carte »
Sur le terrain judiciaire, les responsables du FDR accusent le pouvoir de mener une politique qu’ils qualifient de « justice à la carte », avec, selon eux, des poursuites et détentions visant particulièrement des adversaires politiques.
Le FDR dénonce également ce qu’il considère comme un acharnement contre certains opposants et appelle à une justice indépendante, impartiale et identique pour tous les citoyens.
Ces appréciations relèvent toutefois du débat politique et doivent être distinguées des décisions judiciaires et des procédures effectivement établies par les juridictions.
La bataille politique de 2027 en ligne de mire
Au-delà du bilan du pouvoir, le FDR prépare désormais la prochaine séquence électorale.
Créé en février 2025 à Dakar, le regroupement entend, selon ses responsables, constituer une alternative politique nationale face au pouvoir en place. À Kaolack, les organisations membres affirment vouloir mener le combat dans la commune comme dans le département afin de remporter les prochaines échéances électorales.
« Bientôt, les candidats seront réveillés », ont lancé Pape Mbathie, de l’APR, et Diokel Gadiaga, dans un message destiné à remobiliser les militants et sympathisants de la coalition.
Sur le calendrier républicain, les responsables du FDR indiquent également avoir saisi la Cour suprême et attendre l’issue de leur démarche.
Le FDR contre la transhumance politique
La transhumance politique a également été au cœur des échanges. Mapathé Ba, de la LD, ainsi que plusieurs responsables du FDR, ont dénoncé cette pratique qu’ils estiment contraire à l’esprit du pluralisme et de la démocratie.
Pour le FDR Kaolack, l’objectif est désormais clairement affiché : consolider l’unité des forces de l’opposition, construire une coalition électorale nationale et proposer une alternative lors des prochaines échéances.
À Kaolack, le mouvement entend ainsi transformer la contestation du bilan gouvernemental en mobilisation politique locale et départementale.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication / Kaolack
