« Un étudiant, un ordinateur  » : Mame Penda Ba ouvre le bal d’une enquête aux multiples interrogations

La commission d’enquête parlementaire mise en place autour du programme « Un étudiant, un ordinateur » a officiellement entamé ses travaux le 5 octobre 2026 à l’Assemblée nationale. Pour cette première journée d’auditions, les députés ont notamment entendu Mame Penda Ba, ancienne directrice du financement des établissements d’enseignement supérieur, dont le témoignage devait permettre d’éclairer plusieurs zones d’ombre entourant la gestion du programme.

Présidée par le député El Hadji Guèye, la commission entend reconstituer avec précision la gouvernance, le financement, la passation et l’exécution des marchés, ainsi que les mécanismes de contrôle du programme. Les parlementaires souhaitent également établir une chronologie des décisions et déterminer, sur la base des documents et témoignages recueillis, les responsabilités éventuelles.

Une prise de fonction marquée par des interrogations

Mame Penda Ba, qui a occupé ses fonctions du 14 juillet 2025 au 13 juillet 2026, a expliqué aux députés les circonstances dans lesquelles elle avait découvert le dossier lors de sa prise de service.

Selon son témoignage, le procès-verbal de passation faisait état d’une commande de 25 000 ordinateurs pour l’année 2025-2026, répartis entre deux fournisseurs. Elle affirme toutefois ne pas avoir reçu, lors de la passation, les documents contractuels correspondant à ces opérations.

Face à cette situation, elle aurait entrepris plusieurs démarches auprès des différents responsables et services concernés afin d’obtenir les pièces. Devant les difficultés rencontrées pour disposer de ces documents, elle a finalement saisi l’Autorité de régulation de la commande publique, l’ARCOP, en septembre 2025.

Cette démarche constitue aujourd’hui l’un des éléments importants examinés par les parlementaires.

Les marchés et la procédure de passation au centre des débats

L’audition de Mame Penda Ba a été suivie de celle de Seynabou Samb Tosco, coordonnatrice de la cellule d’enquête de l’ARCOP. Celle-ci a présenté les résultats de l’examen administratif effectué sur les contrats liés à l’acquisition des ordinateurs.

Les investigations portent notamment sur deux contrats signés en avril 2025 pour plusieurs milliards de francs CFA hors taxes. La question de leur qualification juridique, des procédures utilisées et de leur conformité aux règles de la commande publique figure parmi les principaux points examinés.

La commission cherche ainsi à comprendre comment les différentes étapes de la procédure ont été conduites, quelles structures ont été saisies, quels contrôles ont été effectués et quels documents étaient effectivement disponibles.

Des questions sur la gouvernance et les mécanismes financiers

Au-delà des contrats de 2025, l’enquête parlementaire entend remonter plus loin dans l’histoire du programme.

Les députés souhaitent notamment examiner le fonctionnement des organes de gouvernance, les mécanismes de financement, les comptes et sous-comptes utilisés, les éventuels fonds de garantie ainsi que les opérations réalisées lors des précédentes éditions.

Les éléments présentés lors des premières auditions font état d’engagements financiers cumulés importants depuis 2017 et soulèvent également des interrogations concernant plusieurs mouvements financiers, dont un virement effectué en 2023.

Ces données doivent toutefois être confrontées aux pièces comptables, aux documents administratifs et aux témoignages des différents responsables entendus par la commission.

De « Sama PC » à « Un étudiant, un ordinateur »

La commission s’est également intéressée à l’origine du programme. Mamadou Cellou Diallo, ancien coordonnateur du bureau de gestion et cofondateur de l’initiative « Sama PC », a présenté aux députés les mécanismes initiaux du dispositif.

À ses débuts, le programme reposait notamment sur une participation financière de l’étudiant, une subvention de l’État et, dans certains cas, un financement bancaire. Un fonds de garantie devait également contribuer à sécuriser le mécanisme.

Son témoignage doit permettre aux parlementaires de comparer le fonctionnement initial du programme avec les modalités qui ont prévalu après l’évolution de son financement et de sa gestion.

Une enquête qui dépasse les contrats de 2025

Au fil des auditions, l’enjeu apparaît donc plus large que les seules conventions signées en 2025. La commission veut comprendre comment le programme a été administré au fil des années, notamment après la fin du financement extérieur et la poursuite du dispositif sur les ressources de l’État.

Les députés devront notamment déterminer si les anciennes pratiques administratives ont été suffisamment adaptées au nouveau cadre de financement, comment les marchés ont été planifiés et contrôlés, et quel rôle ont joué les différentes structures impliquées.

Les auditions se poursuivent avec plusieurs anciens et actuels responsables de l’enseignement supérieur, des marchés publics et des infrastructures technologiques.

Établir les faits avant toute conclusion

À l’ouverture de ses travaux, la commission a insisté sur le caractère contradictoire et documenté de sa mission. Il ne s’agit pas, à ce stade, de préjuger de la responsabilité d’une personne ou d’une structure, mais de confronter les déclarations aux documents disponibles afin d’établir les faits.

L’enjeu est désormais de reconstituer toute la chaîne : définition des besoins, planification, passation des marchés, contrôle, signature des contrats, exécution, paiement et évaluation.

À travers le dossier « Un étudiant, un ordinateur », c’est donc la gouvernance d’un programme destiné à faciliter l’accès des étudiants sénégalais aux outils numériques qui se retrouve sous le regard des parlementaires. La suite des auditions devrait permettre de préciser les responsabilités institutionnelles, de lever certaines interrogations financières et administratives et, surtout, de déterminer avec exactitude ce qui s’est passé au cours des différentes phases du programme.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

 

chevron_left
chevron_right

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire
Nom
E-mail
Site