Urbanisation galopante, pression foncière et manque de financements : la Banque mondiale appelle le Sénégal à repenser sa politique foncière et sa fiscalité locale. À l’horizon 2050, l’institution préconise de nouvelles stratégies pour permettre aux collectivités territoriales de financer leurs infrastructures et de mieux tirer profit de la valorisation des terres.
Le développement urbain du Sénégal se trouve à un tournant décisif. Face à l’expansion rapide des villes et à l’augmentation des besoins en logements, routes, eau, électricité et transports, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme sur les défis financiers qui attendent le pays dans les prochaines décennies.
Dans son dernier rapport, l’institution souligne qu’une part importante des espaces urbains nécessaires au Sénégal d’ici 2050 reste encore à construire. Une situation qui impose une réflexion approfondie sur les mécanismes de financement du développement territorial.
Pour la Banque mondiale, les ressources publiques traditionnelles ne pourront pas, à elles seules, répondre à l’ampleur des investissements attendus. Elle invite ainsi les autorités sénégalaises à engager des réformes structurelles afin de renforcer les recettes locales et de mieux exploiter le potentiel économique du patrimoine foncier.
L’impôt foncier au cœur des réformes
Parmi les principales pistes avancées figure la modernisation de la fiscalité foncière. La Banque mondiale recommande notamment d’élargir l’assiette de l’impôt foncier et de renforcer les moyens de recensement des propriétés immobilières.
L’institution encourage également le recours aux nouvelles technologies, notamment aux systèmes d’information géographique (SIG) et à la facturation numérique, pour améliorer l’identification des biens imposables et optimiser le recouvrement des recettes.
L’ambition est de permettre aux communes de disposer de ressources financières plus importantes et de réduire progressivement leur dépendance aux transferts de l’État.
Le foncier, un levier de financement des infrastructures
Autre recommandation majeure : mieux récupérer la plus-value générée par les investissements publics.
Concrètement, lorsqu’un quartier bénéficie de nouvelles infrastructures routières, de réseaux d’assainissement ou d’équipements collectifs, la valeur des terrains environnants augmente. Selon l’approche défendue par la Banque mondiale, une partie de cette richesse supplémentaire pourrait être mobilisée pour financer de nouveaux projets d’aménagement.
Les collectivités territoriales sont également invitées à développer des mécanismes de valorisation de leurs réserves foncières, notamment à travers des baux de longue durée, des redevances d’usage et des opérations d’aménagement intégrées.
Les investisseurs privés sollicités
La Banque mondiale estime par ailleurs que le secteur privé devra occuper une place plus importante dans le financement de l’urbanisation sénégalaise.
Les partenariats public-privé sont notamment présentés comme des instruments pouvant faciliter la réalisation de grands projets d’infrastructures et d’aménagement, particulièrement dans les zones périphériques des grandes agglomérations.
Toutefois, cette mobilisation des investisseurs nécessite un environnement réglementaire transparent et sécurisé, capable de protéger les intérêts des collectivités territoriales et des populations.
Un défi majeur pour les villes sénégalaises à l’horizon 2050
À travers ces recommandations, la Banque mondiale pose la question de la gestion durable du foncier comme un enjeu central du développement économique et territorial du Sénégal.
Au-delà des recettes fiscales, il s’agit de faire du patrimoine foncier un véritable instrument de financement des infrastructures, de création d’emplois et d’amélioration du cadre de vie des populations.
Pour les autorités sénégalaises, le défi sera donc de concilier modernisation de la fiscalité, bonne gouvernance foncière, protection des intérêts des citoyens et attractivité des investissements.
À l’horizon 2050, la capacité du Sénégal à relever ces défis pèsera lourdement sur l’avenir de ses villes et sur les conditions de vie des générations futures.
Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
Kaolack
