​Gestion des licences de pêche : le Dr Fatou Diouf entendue par la Commission d’enquête parlementaire

Dakar / Kaolack — Le feuilleton judiciaire et politique entourant la gestion du secteur halieutique sénégalais connaît un nouveau tournant majeur. Ce lundi 2 novembre 2026, la Commission d’enquête parlementaire – chargée de faire toute la lumière sur la délivrance et le renouvellement des licences de pêche industrielle de 2015 à nos jours – a auditionné le Dr Fatou Diouf, ancienne ministre des Pêches et de l’Économie maritime (en fonction du 5 avril 2024 au 1ᵉʳ juin 2026).

​Face aux commissaires, l’ancienne ministre a défendu son bilan, mettant en avant une volonté de rupture axée sur la transparence administrative, le contrôle rigoureux du domaine maritime et le renforcement des moyens de recherche scientifique.

​Transparence et assainissement du fichier national

​Dès sa prise de fonction au printemps 2024, le Dr Fatou Diouf – juriste de formation et spécialiste reconnue de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) – avait ordonné la publication intégrale de la liste des navires autorisés à battre pavillon ou à opérer dans les eaux sous juridiction sénégalaise. Un audit initial avait alors dénombré 151 navires (dont 132 sénégalais et 19 européens sous accord de pêche).

​L’effort d’assainissement entamé sous son magistère a ramené ce total à 122 navires en 2025. Une baisse significative issue d’un réexamen au cas par cas : vérification administrative des capacités réelles de pêche, conformité technique des bâtiments et strict respect de la saisine de la Commission consultative d’attribution.

​« Le renouvellement des licences répond à une rigueur juridique précise. S’il est souvent tacite pour les acteurs en règle, l’inactivité prolongée ou le non-respect des critères techniques doivent entraîner une réévaluation immédiate », a souligné l’ancienne ministre devant la Commission.

​Gouvernance et réformes : donner du poids aux instances de contrôle

​Sur le plan institutionnel, le Dr Fatou Diouf a plaidé pour un rééquilibrage salutaire des pouvoirs. Bien que le Code de la pêche maritime confère le pouvoir décisionnel final au ministre de tutelle, elle a appelé à renforcer juridiquement la portée des avis émis par la Commission consultative d’attribution, affirmant s’être elle-même « systématiquement alignée » sur les recommandations de cette instance durant son mandat.

​Autre point chaud des débats : l’arsenal répressif face aux infractions des armateurs. L’audition a mis en exergue les limites du cadre légal actuel, axé quasi exclusivement sur des amendes financières sans volet pénal dissuasif, au détriment de la préservation à long terme de la ressource halieutique.

​L’urgence de la recherche scientifique : le cas du CRODT

​Enfin, l’audition a remis au centre des priorités la situation du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT). Privé de son navire d’évaluation scientifique alors en panne, l’organisme avait fait l’objet d’une saisine directe auprès de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Le Dr Fatou Diouf a confirmé que les procédures d’acquisition d’un nouveau bâtiment de recherche spécialisé étaient bel et bien lancées avant son départ du ministère.

​En passant au crible les volets juridiques, financiers et techniques de la dernière décennie, la Commission d’enquête parlementaire franchit une étape clé. Les auditions se poursuivent pour établir les responsabilités et formuler les recommandations nécessaires à la sauvegarde des eaux sénégalaises.

​Par Mamadou CAMARA

Correspondant régional — Kaolack

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