
Pourquoi le journalisme sénégalais accuse-t-il un retard par rapport à d’autres pays ?
Réflexion :
Par Mamadou Camara, journaliste / communicant
Le journalisme, dans son essence, est un service public. Il éclaire, informe, éduque et participe à la construction d’une démocratie saine. Pourtant, au Sénégal, la profession semble s’éloigner progressivement de ces fondamentaux.
Une objectivité mise à mal
L’un des premiers maux du journalisme sénégalais réside dans la perte d’objectivité. Trop de journalistes ont franchi la ligne rouge entre information et propagande. L’analyse critique cède souvent la place à la complaisance, voire à la manipulation.
Certains, au lieu d’investiguer et d’éclairer, se contentent de rapporter ce qui les arrange ou ce qui arrange leurs « bienfaiteurs ».
Le poids des intérêts et de la corruption morale
La dépendance financière ou politique pousse certains à troquer leur plume contre des faveurs. Des « journalistes-thuriféraires » se multiplient, chantant les louanges de leurs protecteurs politiques ou économiques, souvent au détriment de la vérité.
Cette dérive transforme la presse en un champ de bataille d’intérêts particuliers, plutôt qu’en un espace de débat citoyen.
Ailleurs, une autre vision du métier
Dans plusieurs pays, les journalistes s’imposent par leur rigueur et leur professionnalisme. Ils s’intéressent aux grandes thématiques de géopolitique, de gouvernance, de développement ou de démocratie, contribuant ainsi à l’émergence de leurs nations.
Leur travail structure le débat public et renforce les institutions, plutôt que de les fragiliser.
Quand la presse devient un instrument politique
Au Sénégal, certains journalistes ont malheureusement choisi de devenir les porte-paroles officieux de camps politiques. D’autres préfèrent déformer la vérité pour « faire plaisir » à un homme, à un parti ou à une idéologie.
Cette connivence mine la crédibilité du métier et décrédibilise l’ensemble de la corporation.
Le CNRA, le CORED, la tutelle et les organes de presse doivent agir
Les instances de régulation comme le CNRA, le CORED, le ministère de la Communication et les patrons de presse doivent enfin assumer leurs responsabilités.
Les citoyens ont droit à des informations justes, vérifiées et équilibrées.
Fermer les yeux sur les dérives, c’est cautionner la déchéance morale et professionnelle du métier.
Division et hypocrisie au sein de la corporation
À l’intérieur même du milieu, règnent division, jalousie et hypocrisie.
Il y a de cela quelques années, lorsque certains patrons de presse entretenaient des relations privilégiées avec le pouvoir, ils n’hésitaient pas à écarter ou marginaliser leurs confrères qui pensaient autrement.
Aujourd’hui que leurs soutiens politiques ne sont plus aux affaires, beaucoup se retrouvent en difficulté et appellent à la solidarité.
Mais où était cette solidarité lorsqu’ils étaient dans le confort et le privilège ?
Ceux qui réclament aujourd’hui l’union professionnelle devraient d’abord faire leur autocritique.
Car, pendant qu’ils prospéraient, d’autres journalistes étaient laissés sur le carreau.
Venir maintenant parler de « solidarité de corporation », c’est tout simplement de la comédie.
Pour une renaissance du journalisme sénégalais
Le Sénégal ne pourra pas avancer sans une presse forte, libre et responsable.
Une presse qui ne soit ni achetée, ni muselée, mais engagée pour la vérité, le développement et la démocratie.
Il est temps de revenir à l’essence du métier : dire la vérité, avec courage et indépendance, au service du peuple et non des puissants.
