*Sénégal-Médias : La presse de « Ndoumbélane  » , entre alertume et mous repressifs * Contribution de Samba Niébé journaliste

Émotions, complaintes, colères : la presse de Ndoumbelane entre amertume et mois répressifs

 

À Ndoumbelane, royaume de poussière et de fierté, les mots ont longtemps dansé librement dans l’air chaud. Ils portaient les récits des griots, les rires des marchés, les espoirs fous de la jeunesse. Mais depuis quelques lunes, l’air s’est alourdi. Une chape de silence, feutrée mais insistante, s’est abattue sur la cité. Et la presse, ce cœur battant de l’âme collective, bat aujourd’hui au rythme saccadé de l’amertume et de la peur.

 

C’est un paysage étrange que celui des gazettes de Ndoumbelane. On y lit, en filigrane, les « émotions » d’un peuple – cette effervescence qui cherche une issue. Puis viennent les « complaintes », ces chroniques teintées de mélancolie qui racontent les espoirs déçus, les promesses non tenues, la lente érosion de la confiance. Enfin, émerge la « colère », sourde, contenue, qui fuse parfois dans un éditorial au vitriol ou dans une caricature au trait volontairement appuyé.

 

Mais comment écrire librement quand les « mois répressifs » deviennent la nouvelle mesure du temps ? Les journalistes de Ndoumbelane le savent bien : la ligne rouge, invisible et mouvante, se resserre comme un nœud coulant. On parle de procès en cascade, de suspensions arbitraires, de cette pression sourde qui invite à l’autocensure. Certaines plumes, jadis flamboyantes, se sont émoussées. D’autres ont choisi l’exil intérieur, noyant le message sous les métaphores et les allégories, jusqu’à parfois en perdre leur lecteur.

 

Pourtant, dans les ruelles de Ndoumbelane, la résistance s’organise, fragile mais tenace. Elle est dans ces journaux en ligne qui renaissent comme des herbes folles après la pluie. Elle est dans ces voix qui, contraintes au silence sur les estrades officielles, se réfugient dans les ondes des radios de proximité ou dans la poésie amère des chroniques. Ils écrivent avec leurs blessures, ces journalistes. Chaque article est un pari, chaque mot un acte de foi têtu envers une vérité qui refuse de se laisser enterrer.

 

Le drame de Ndoumbelane n’est pas celui d’une presse morte, mais d’une presse à l’étouffée. On lui a retiré l’oxygène de la liberté, et elle respire aujourd’hui par la complainte et la colère. Mais gare au jour où la colère, trop longtemps contenue, trouvera une voix plus puissante que tous les éditoriaux du monde. Le royaume imaginaire tremble, et ses journaux en sont le sismographe le plus fidèle. Ils enregistrent, impuissants et essentiels, les premiers grondements de l’orage.

Samba Niébé ,journaliste

chevron_left
chevron_right

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire
Nom
E-mail
Site