Quand la perte de l’éthique menace la crédibilité de la presse nationale
Par Mamadou Camara, journaliste – Kaolack
Le journalisme sénégalais traverse une zone de turbulence morale et professionnelle. Ce métier, jadis perçu comme le miroir de la société et la voix du peuple, semble aujourd’hui vaciller sous le poids des compromissions, du favoritisme et du manque de formation.
Tout journaliste digne de ce nom doit refuser de transformer le mensonge en vérité. L’éthique, la déontologie, la dignité humaine, l’honneur et l’intégrité morale ne sont pas des options : ce sont les fondations de la profession. Pourtant, dans de nombreuses rédactions, ces valeurs sont reléguées au second plan. Certains journalistes préfèrent plaire à leur patron plutôt que de servir la vérité.
Le problème est profond. Lorsque l’on recrute un journaliste sans diplôme ni compétence, simplement sur la base d’une recommandation politique, religieuse ou familiale, on fabrique des “communicants” soumis, et non des professionnels libres. Ces profils deviennent les instruments de ceux qui les ont installés, incapables de résister à la pression.
Et lorsque les bailleurs imposent leur ligne éditoriale, la liberté d’expression devient une illusion.
Dans d’autres secteurs, un citoyen sans qualification n’oserait jamais enseigner dans une salle de classe. Mais dans le journalisme, l’amateurisme s’est banalisé. Certains en font un simple “khare mate” — un passe-temps ou un tremplin politique — alors qu’ils exercent déjà une autre profession. Résultat : la frontière entre information, communication et propagande s’efface.
Assainir la presse : une urgence nationale
Il est temps d’engager de vraies réformes pour redonner à la presse sénégalaise sa noblesse :
1. Créer un ordre national des journalistes, chargé de délivrer une carte professionnelle sur la base de critères transparents : diplôme, expérience, moralité et indépendance.
2. Réguler les recrutements dans les médias publics et privés, pour en finir avec le clientélisme.
3. Renforcer la formation et la spécialisation des journalistes, notamment sur les questions d’éthique, d’investigation et de responsabilité sociale.
4. Garantir la transparence du financement des médias, pour mettre fin à la dépendance économique et politique.
5. Sanctionner les dérives déontologiques, afin de restaurer la confiance du public.
Le Sénégal ne peut bâtir une démocratie solide sans une presse crédible et responsable.
Le journaliste ne doit jamais être un instrument de manipulation, mais un rempart contre le mensonge, l’injustice et l’ignorance.
