En Afrique de manière générale et au Sénégal en particulier, le comportement de certains responsables politiques suscite de plus en plus d’interrogations. Des figures autrefois portées par un parti et par l’aura d’un leader charismatique semblent aujourd’hui s’éloigner des principes qui ont fondé leur ascension.
L’histoire politique montre que la reconnaissance, la fidélité et la dignité constituent des valeurs durables. À l’inverse, la trahison, l’opportunisme et les calculs personnels finissent presque toujours par être sanctionnés par l’opinion publique.
À titre d’exemple, les événements politiques de 2023 à 2024 au Sénégal doivent servir de baromètre pour les dirigeants. Cette période a démontré que les équilibres peuvent basculer rapidement et que les données politiques ne sont jamais figées. Les dynamiques d’opinion évoluent, les alliances se recomposent et la volonté populaire peut s’exprimer avec force lorsque la confiance s’effrite.
Au Sénégal, certains responsables privilégient la consolidation de leurs positions au détriment des préoccupations populaires. Des stratégies de repositionnement interne, des rivalités de leadership et des alliances circonstancielles prennent parfois le pas sur l’action publique. Cette évolution nourrit le sentiment d’un éloignement entre gouvernants et gouvernés.
La question de l’utilisation des institutions publiques à des fins partisanes revient également dans le débat. Les institutions de la République sont censées incarner l’intérêt général. Leur mise à disposition pour des activités politiques pose un problème d’éthique et brouille la frontière entre l’État et le parti. Dans certaines municipalités, des initiatives à caractère politique sont organisées dans des cadres institutionnels, alimentant la controverse.
En cette période de Ramadan, le débat se déplace aussi sur le terrain social. Alors que la solidarité devrait prioritairement bénéficier aux retraités, aux personnes âgées et aux familles vulnérables, certaines initiatives semblent davantage orientées vers la consolidation de réseaux politiques. Cette perception renforce le malaise d’une partie de l’opinion.
Le capital politique durable ne repose pas uniquement sur la proximité avec le pouvoir. Il dépend de la constance morale, du respect des engagements et de la capacité à défendre l’intérêt général, même au prix de désaccords internes. Les responsables qui assument des positions de principe gagnent souvent en crédibilité auprès des populations.
Les sociétés africaines évoluent. Les citoyens sont plus informés, plus critiques et plus attentifs à la gestion des affaires publiques. Ils attendent des dirigeants qu’ils privilégient le service du peuple plutôt que la préservation de privilèges.
La rupture politique, souvent invoquée dans les discours, ne peut se limiter à un slogan. Elle suppose une transformation réelle des pratiques, une protection stricte des institutions et un engagement sincère en faveur du bien commun.
Mamadou Camara
Journaliste Communicant
Kaolack
