Au Sénégal une étrange confrérie existe. Une secte politique qui ne combat plus Ousmane Sonko dans les urnes, dans les idées mais dans les couloirs. Une armée de « kulunas juridiques » qui, après avoir perdu les batailles électorales, la mobilisation populaire tente désormais de gagner la guerre par les chausse-trappes procédurales.
Leur nouveau rêve ? Empêcher Ousmane Sonko de retrouver son siège de député. Mieux encore : lui barrer la route de la présidence de l’Assemblée nationale.
Depuis quelques jours, les ennemis déclarés du leader de Pastef ressemblent à des chasseurs de fantômes poursuivant une ombre qui leur échappe sans cesse. Ils fouillent les archives, retournent les textes, dissèquent les virgules et auscultent les points-virgules dans l’espoir de découvrir la faille juridique miraculeuse qui permettrait de neutraliser celui qu’ils considèrent comme leur cauchemar politique permanent.
Mais voilà que l’avocat Me Demba Ciré Bathily est venu gâcher leur fête.
Avec la froideur chirurgicale du juriste et la précision d’un horloger suisse, il a rappelé une vérité simple : le droit n’est pas un buffet où chacun choisit la règle qui l’arrange.
Son éclairage a eu l’effet d’une douche glacée sur les producteurs professionnels de confusion.
Car depuis décembre 2024, certains agitent frénétiquement le mot « démission » comme un gri-gri juridique censé exorciser le retour de Sonko à l’Assemblée nationale. Le problème est que le droit ne fonctionne ni à l’émotion, ni au fantasme, ni au désir politique.
Une déclaration médiatique n’est pas un acte juridique. Une interview n’est pas une décision administrative. Une intention supposée n’est pas un document opposable.
Et comme le rappelle Me Bathily, le seul acte qui compte est l’écrit officiellement déposé. Or cet écrit parle de suspension et non de démission.
Toute la montagne de commentaires construite depuis des mois accouche alors d’une souris juridique.
Les anti-Sonko découvrent brutalement ce que les étudiants en première année de droit apprennent dès leurs premiers cours : suspendre n’est pas démissionner. Sinon, un fonctionnaire en congé serait considéré comme licencié. Un étudiant en année sabbatique serait réputé avoir abandonné ses études.Et un joueur blessé serait déclaré retraité.
L’absurdité saute aux yeux. Mais la logique politique est parfois plus forte que la logique juridique.
Car derrière ce débat se cache une réalité plus profonde : certains ne craignent pas le député Sonko. Ils craignent le président de l’Assemblée nationale Sonko. Ils redoutent l’image. Ils redoutent le symbole. Ils redoutent surtout ce scénario où l’ancien opposant, longtemps pourchassé par le système, reviendrait par la grande porte pour diriger l’institution qui fabrique les lois.
Pour eux, ce serait un cauchemar politique en haute définition.
Alors ils s’accrochent à chaque interprétation exotique comme un naufragé à une bouée percée.
Mais le droit possède une cruauté particulière : il résiste souvent aux préférences partisanes.
Et c’est précisément ce que rappelle l’analyse de Me Demba Ciré Bathily.
Le Bureau de l’Assemblée nationale n’est pas appelé à organiser un référendum sur l’amour ou la haine de Sonko. Il n’est pas chargé de sonder les états d’âme des chroniqueurs de plateau ou des influenceurs politiques.
Il doit simplement constater une situation juridique.
Rien de plus.Rien de moins.
Au fond, cette polémique raconte surtout l’incroyable destin politique d’Ousmane Sonko. Même lorsqu’il quitte une fonction, ses adversaires continuent de le combattre comme s’il y était encore. Même lorsqu’il n’occupe pas un siège, ils redoutent déjà son retour. Même lorsqu’il change de position institutionnelle, il demeure le centre de gravité de la vie politique sénégalaise.
Et c’est peut-être là, la véritable leçon de cette affaire. Le débat n’est plus vraiment juridique.
Il est psychologique. Car il existe des hommes politiques que l’on affronte.
Et il existe des hommes politiques que l’on n’arrive jamais à sortir de sa tête.
Ousmane Sonko appartient manifestement à la seconde catégorie.
Pour vous dire que, le siège de Sonko rend fou et les kulunas du droit confondent suspension et démission.
Malick BA
