La transhumance politique continue d’alimenter les débats au Sénégal. Dans le département de Nioro du Rip comme dans plusieurs localités du Saloum, le départ de certains maires et responsables de l’Alliance pour la République (APR) vers le nouveau parti présidentiel suscite une profonde indignation chez une partie des militants et sympathisants de l’ancien parti au pouvoir.
Pour de nombreux républicains, ces responsables politiques doivent leur ascension à l’ancien président Macky Sall et à l’APR. Aujourd’hui, les voir abandonner cette famille politique est perçu, par leurs détracteurs, comme un manque de reconnaissance et une trahison politique.
Les critiques rappellent que ce comportement ne serait pas nouveau. Selon eux, certains de ces élus avaient déjà changé de camp politique après la fin du régime du président Abdou Diouf, avant de rejoindre l’APR sous le président Abdoulaye Wade puis Macky Sall. Désormais, ils s’apprêteraient à écrire une nouvelle page en rejoignant le parti présidentiel. Pour leurs adversaires, ces changements successifs donnent l’image de responsables qui « changent de partenaires politiques comme de chemise ».
Dans les rangs de l’APR à Nioro du Rip, plusieurs militants estiment que ces départs déshonorent leurs localités et que leurs auteurs ont perdu une grande partie de leur crédibilité. À leurs yeux, la dignité, l’intégrité morale et la fidélité constituent les fondements de l’engagement politique. Sans ces valeurs, affirment-ils, un responsable perd progressivement la confiance des populations.
Des proches de l’ancien président Macky Sall dénoncent également une attitude qu’ils jugent préoccupante. Ils reprochent à ces anciens responsables de ne plus évoquer ni le nom de Macky Sall ni celui de l’APR, comme s’ils voulaient effacer leur passé politique. Une posture qui, selon eux, traduit davantage la défense d’intérêts personnels que celle de l’intérêt général.
Les mêmes voix s’interrogent sur la capacité de ces élus à convaincre de nouveau les électeurs. Avec quels arguments reviendront-ils devant les populations après avoir changé plusieurs fois d’alliance politique ? La question revient avec insistance dans les discussions politiques du Saloum.
Pour leurs détracteurs, ces responsables surestimeraient aujourd’hui leur poids électoral auprès de leurs nouveaux partenaires. Ils considèrent que leur influence réelle est largement inférieure à celle qu’ils revendiquent et estiment que les populations sauront faire la différence au moment des prochaines échéances électorales.
Cette controverse relance également le débat sur la proposition de loi contre la transhumance politique portée par Amadou Ba de PASTEF. Pour plusieurs militants de l’APR rencontrés dans le Saloum, une telle réforme permettrait de moraliser davantage la vie publique et de renforcer le respect du choix exprimé par les électeurs.
Au-delà des appartenances partisanes, une question demeure : la fidélité à des convictions politiques est-elle devenue une valeur dépassée, ou reste-t-elle le socle indispensable de la confiance entre un élu et ses électeurs ? C’est à cette interrogation que les citoyens répondront, en dernier ressort, dans les urnes.
Mamadou Camara
Journaliste
Camou Communication
Kaolack
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