Le financement des groupements féminins ne devrait jamais devenir un instrument de conquête ou de fidélisation politique.
Depuis des années, la question revient régulièrement dans le débat public : des mécanismes destinés à soutenir l’autonomisation économique des femmes sont parfois perçus comme des moyens utilisés par certains acteurs politiques pour renforcer leur influence et élargir leurs bases.
Le problème n’est pas qu’un responsable politique accompagne les femmes ou soutienne leurs initiatives. Le véritable enjeu apparaît lorsque l’accès à un financement semble dépendre davantage de l’appartenance, de la proximité ou du soutien politique que de la qualité du projet présenté.
La récente affaire autour des financements destinés aux groupements féminins à Kaolack, notamment autour de l’enveloppe de 150 millions de FCFA, remet cette problématique sur la table. Les interrogations exprimées par certains groupements doivent être prises au sérieux, sans pour autant tirer de conclusions avant que les faits ne soient clairement établis.
Une question fondamentale mérite d’être posée : les financements sont-ils attribués sur la base de critères économiques et sociaux clairement définis, ou existe-t-il une influence politique dans le processus de sélection ?
La réponse doit être apportée par des mécanismes transparents.
Les critères d’éligibilité, les modalités de sélection, les montants accordés, les bénéficiaires retenus et les conditions de financement devraient pouvoir être expliqués et, lorsque cela est possible, rendus publics. C’est à ce prix que les femmes pourront avoir confiance dans les dispositifs mis en place.
Car politiser le financement des groupements féminins comporte un double risque. D’une part, cela peut créer un sentiment d’injustice chez les femmes qui ne disposent d’aucun relais politique. D’autre part, cela peut détourner l’objectif premier de ces mécanismes : favoriser l’autonomisation économique, l’entrepreneuriat et la création de revenus.
Une femme qui sollicite un financement devrait être considérée d’abord comme une entrepreneure, une porteuse de projet ou une membre d’un groupement économique — et non comme une militante potentielle.
Il est donc temps de dépasser les pratiques anciennes et d’installer une véritable culture de transparence. L’argent destiné aux femmes doit servir les femmes et leurs projets, pas devenir une monnaie d’échange politique.
L’enjeu est suffisamment important pour que les pouvoirs publics, les institutions financières et les structures de financement clarifient leurs procédures et garantissent une égalité de traitement.
À Kaolack comme ailleurs, les femmes ont besoin de financements, mais surtout de règles claires, de critères objectifs et d’un traitement équitable.
La politique doit pouvoir accompagner le développement. Elle ne doit pas se substituer aux critères économiques et sociaux qui doivent guider l’attribution des financements.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
