Fonds d’aide à la presse au Sénégal : pour des critères plus souples et mieux adaptés au journalisme numérique

Au Sénégal, de nombreux journalistes et professionnels de la communication souhaitent contribuer pleinement à la visibilité des institutions de la République, de leurs activités, de leurs projets et de leurs réalisations. Cette volonté d’accompagner l’action publique mérite d’être davantage prise en compte.

Aujourd’hui, avec l’évolution des technologies de l’information et de la communication, le paysage médiatique sénégalais a profondément changé. De nombreux professionnels ont créé leurs propres sites d’information et travaillent de manière indépendante, tout en disposant de qualifications et de documents administratifs attestant de leur sérieux professionnel.

Certains sont titulaires de diplômes reconnus, notamment par le CAMES, disposent d’une carte de presse, d’un NINEA et d’un registre de commerce. Ils produisent régulièrement de l’information, couvrent l’actualité nationale et locale et contribuent, à leur manière, au rayonnement des institutions et des territoires.

Des critères qui méritent d’être adaptés

La question qui se pose aujourd’hui est celle de l’adaptation des critères d’accès au Fonds d’aide à la presse aux réalités du secteur.

Exiger systématiquement de certains médias numériques qu’ils recrutent plusieurs journalistes, établissent des contrats de travail, s’inscrivent auprès de l’Inspection du travail et de l’IPRES et assument l’ensemble des charges liées à l’emploi peut constituer un obstacle considérable pour de petites structures de presse ou des professionnels indépendants.

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause les droits des travailleurs ni les obligations légales des employeurs. La protection sociale et le respect du droit du travail demeurent essentiels.

Mais il faut également tenir compte de la réalité économique de nombreuses petites entreprises de presse et des médias numériques. Recruter un salarié implique des moyens financiers, des engagements contractuels et des responsabilités juridiques importantes. Pour un jeune média ou un journaliste indépendant disposant de ressources limitées, prendre de tels engagements uniquement pour satisfaire aux conditions d’accès à un soutien public peut représenter un risque considérable.

Aider, c’est aussi comprendre les réalités du terrain

L’État et la tutelle gagneraient donc à faire preuve de souplesse et de compréhension dans l’évaluation des dossiers.

Il existe au Sénégal des journalistes professionnels, diplômés, titulaires de cartes de presse et disposant d’une véritable expérience du terrain, qui souhaitent participer à l’information des citoyens et accompagner les institutions dans la visibilité de leurs politiques publiques.

Ces professionnels peuvent également jouer un rôle important d’alerte. Leur mission ne consiste pas uniquement à mettre en valeur les actions positives de l’État. Ils doivent aussi pouvoir signaler les difficultés, attirer l’attention des autorités sur certaines insuffisances et contribuer, par une information responsable, à l’amélioration de l’action publique.

Le journalisme professionnel doit pouvoir conserver cette liberté et cette responsabilité.

Vers une révision des critères ?

Une réflexion pourrait être engagée afin de revoir certains critères d’éligibilité au Fonds d’aide à la presse, particulièrement pour les médias numériques et les professionnels indépendants.

Parmi les éléments pouvant être pris en compte figureraient notamment :

la détention d’une carte de presse en cours de validité ;

un diplôme ou une qualification professionnelle reconnue ;

l’existence légale de l’entreprise ou du média ;

la possession d’un NINEA ;

un registre de commerce lorsque cela est requis ;

la régularité et la qualité de la production journalistique ;

ainsi que la preuve d’une activité médiatique réelle et durable.

Ces éléments permettraient de distinguer les véritables professionnels des structures qui n’ont d’existence que sur le papier, tout en donnant une chance aux journalistes sérieux qui ont choisi de travailler dans le numérique ou en indépendant.

Le numérique a changé le métier

Le journalisme d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. Un professionnel peut désormais créer un média, produire des contenus, couvrir l’actualité d’une région et toucher un large public sans disposer nécessairement d’une rédaction classique composée de plusieurs salariés.

Cette évolution doit être prise en compte dans les politiques publiques de soutien aux médias.

Le ministre chargé du secteur, qui a déjà entrepris une démarche de proximité auprès des médias traditionnels, gagnerait également à écouter les acteurs de la presse numérique et les professionnels indépendants afin de mieux comprendre leurs conditions réelles de travail.

Si l’objectif du Fonds d’aide à la presse est véritablement de soutenir la presse sénégalaise, alors les critères doivent être suffisamment exigeants pour garantir le sérieux professionnel, mais suffisamment souples pour ne pas exclure des journalistes compétents et engagés.

Il ne faut pas confondre exigence de professionnalisme et lourdeur administrative.

Le Sénégal a besoin d’une presse professionnelle, responsable, indépendante et capable d’accompagner les ambitions de développement de l’État tout en jouant pleinement son rôle de veille, d’information et d’alerte.

Aider la presse, c’est aussi comprendre ses mutations et les réalités économiques de ceux qui la font vivre au quotidien.

Mamadou Camara

Journaliste / Communicant

Diplômé en Master

Kaolack

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