À Keur Madiabel, la Zone Économique de Développement (ZED) est en train de changer d’échelle. Pensée comme un outil de développement local, elle porte désormais une ambition plus large : devenir un véritable moteur économique pour le département de Nioro du Rip, les communes environnantes et, à terme, contribuer au dynamisme économique de la région de Kaolack.
L’enjeu dépasse largement les limites administratives de la commune. En favorisant la production, la transformation, le commerce, l’artisanat et les services, la ZED peut contribuer à créer un nouvel espace d’activités capable de générer des revenus, de soutenir les entrepreneurs et d’offrir davantage de perspectives économiques aux jeunes et aux femmes.
Une vision qui commence à prendre forme
En 2022, devant les populations de Keur Madiabel, Abdoulaye Diatta avait placé la transformation économique de la commune au cœur de son ambition. L’objectif était de faire de Keur Madiabel un territoire davantage tourné vers la production de richesses, la création d’emplois et la valorisation des ressources locales.
Quatre ans plus tard, cette vision commence progressivement à se matérialiser à travers la mise en place d’infrastructures et d’équipements destinés à structurer l’activité économique.
Électrification aux normes, adduction d’eau potable, blocs sanitaires, abattoir moderne, unités de décorticage, foirail, marché hebdomadaire réorganisé, hangars, espaces de production et zones réservées aux artisans : l’ensemble constitue les premiers éléments d’un écosystème économique territorial.
L’objectif n’est donc plus seulement de construire des infrastructures, mais de créer les conditions permettant aux acteurs économiques de produire davantage, de mieux commercialiser leurs produits et surtout de capter une plus grande partie de la valeur créée localement.
De Keur Madiabel à Nioro du Rip : un potentiel économique à structurer
L’un des principaux intérêts de la ZED réside dans son potentiel d’entraînement sur les communes environnantes.
Les échanges économiques entre Keur Madiabel et les autres collectivités du département de Nioro du Rip peuvent être renforcés à travers les filières agricoles, l’élevage, le commerce, l’artisanat, le transport et les services.
Les producteurs de différentes localités pourraient trouver dans la ZED un espace de regroupement, de transformation et de commercialisation. Les commerçants pourraient bénéficier d’un marché mieux organisé. Les éleveurs pourraient disposer d’équipements adaptés. Les artisans pourraient accéder à de meilleures conditions de travail et de commercialisation.
Cette dynamique pourrait également concerner Wack Ngouna, Léona Mandongo et d’autres communes voisines, en favorisant la complémentarité entre les territoires plutôt que leur mise en concurrence.
L’idée est simple : produire dans les communes, transformer localement, commercialiser dans un espace organisé et faire circuler davantage de revenus à l’intérieur du territoire.
Créer de la valeur au lieu d’exporter les opportunités
L’un des défis majeurs du développement économique local reste la faible transformation des ressources produites dans les territoires.
La ZED peut contribuer à inverser cette tendance.
La production agricole, l’élevage et les activités artisanales constituent des bases importantes. Mais leur impact économique peut être considérablement renforcé lorsque la transformation, le conditionnement, le stockage, le transport et la commercialisation sont également organisés localement.
Une unité de décorticage, un abattoir moderne, des espaces de stockage ou des ateliers artisanaux ne sont donc pas de simples infrastructures. Ils peuvent devenir les maillons d’une chaîne de valeur territoriale, créatrice d’activités et d’emplois.
C’est là que se trouve l’un des enjeux économiques essentiels de la ZED : permettre au territoire de conserver une part plus importante de la richesse qu’il produit.
Un potentiel important pour la jeunesse et les femmes
L’impact attendu concerne également l’emploi.
Dans un département où la jeunesse représente une force économique considérable, la création d’espaces dédiés à la production, à l’artisanat, au commerce et aux services peut ouvrir de nouvelles possibilités d’insertion professionnelle.
Les femmes, particulièrement présentes dans le petit commerce, la transformation des produits agricoles, l’agroalimentaire et les activités génératrices de revenus, peuvent également trouver dans cette nouvelle organisation un cadre plus favorable pour développer leurs activités.
La ZED pourrait ainsi favoriser le passage progressif d’activités individuelles ou informelles vers des initiatives mieux structurées, capables d’accéder plus facilement à la formation, au financement, aux équipements et aux marchés.
Le numérique pour mieux connaître et piloter l’économie locale
Autre dimension importante : la place accordée au numérique et à la donnée.
Le géoréférencement des acteurs économiques et l’utilisation d’outils numériques comme eGOX et Zeina App doivent permettre de mieux connaître le tissu économique local.
Qui produit ? Où ? Dans quelle filière ? Avec quels besoins ? Quels équipements ? Quelle formation ? Quel financement ?
Ces informations peuvent devenir de véritables outils d’aide à la décision.
Pour une collectivité, disposer d’une cartographie précise de son économie permet de mieux identifier les secteurs prioritaires, d’orienter les investissements et de construire des politiques publiques davantage adaptées aux réalités du terrain.
Mieux connaître le territoire pour mieux le planifier ; mieux le planifier pour mieux produire.
L’artisanat, un autre moteur de croissance locale
L’intégration progressive des artisans dans la ZED pourrait constituer une nouvelle étape majeure.
Menuisiers, mécaniciens, soudeurs et autres corps de métiers ont besoin d’espaces adaptés, d’équipements modernes, de formation et de débouchés commerciaux.
La concentration organisée de ces activités peut favoriser la mutualisation des moyens, l’amélioration de la qualité des produits, l’apprentissage des jeunes et la création de petites entreprises.
À terme, la ZED pourrait donc devenir bien davantage qu’une zone commerciale : une plateforme territoriale de production, de formation, d’innovation et de transformation.
Un effet d’entraînement jusqu’à Kaolack
Si elle est correctement accompagnée, cette dynamique peut également avoir des effets au-delà du département de Nioro du Rip.
Les échanges avec Kaolack peuvent être renforcés à travers les circuits d’approvisionnement, le transport, la commercialisation, la transformation et les services.
Keur Madiabel pourrait ainsi jouer un rôle de relais économique entre plusieurs territoires du Saloum, en facilitant la circulation des produits et des services entre les zones de production et les grands marchés régionaux.
La ZED pourrait progressivement s’inscrire dans une logique de complémentarité territoriale, où Keur Madiabel, Nioro du Rip, Wack Ngouna, Léona Mandongo et Kaolack participent à une même dynamique économique, chacun à partir de ses ressources et de ses avantages.
Un projet dont la réussite dépendra désormais de l’écosystème
La construction d’infrastructures constitue une étape importante. Mais leur véritable impact économique dépendra de leur utilisation et de leur capacité à attirer et accompagner les acteurs.
Il faudra donc renforcer l’accès au financement, à la formation professionnelle, aux équipements, au numérique, aux marchés et aux dispositifs d’accompagnement entrepreneurial.
La réussite de la ZED reposera également sur la mobilisation des collectivités territoriales, des services de l’État, des organisations professionnelles, des producteurs, des artisans, des commerçants, des entrepreneurs, des femmes et des jeunes.
L’objectif final est de transformer les ressources locales en opportunités économiques, les savoir-faire en entreprises et les activités de subsistance en emplois durables.
Keur Madiabel, laboratoire d’une nouvelle économie territoriale ?
La ZED porte finalement une ambition qui dépasse la seule commune de Keur Madiabel.
Elle peut devenir un levier de transformation économique du département de Nioro du Rip, un espace de connexion avec les communes voisines et un point d’appui supplémentaire dans la dynamique économique de la région de Kaolack.
Si les infrastructures sont accompagnées d’une véritable stratégie d’investissement, de formation, de financement et de commercialisation, Keur Madiabel pourrait progressivement s’imposer comme un territoire où l’on ne vient plus seulement acheter ou vendre, mais où l’on produit, transforme, entreprend, crée des emplois et génère de la valeur.
C’est peut-être là le véritable enjeu de la ZED : faire du développement local non plus un simple slogan, mais un processus économique concret, capable de profiter durablement aux populations de Keur Madiabel et, par effet d’entraînement, à tout un bassin de vie.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication – Kaolack
