La déclaration de patrimoine constitue incontestablement un pas important vers davantage de transparence et de redevabilité dans la gestion des affaires publiques. Mais ce pas doit être élargi, approfondi et surtout appliqué avec la même rigueur à tous ceux dont les responsabilités ou l’influence peuvent avoir un impact sur la gestion de la société.
Il ne devrait pas être question de limiter le débat aux ministres, directeurs généraux, députés concernés et autres hauts responsables soumis à cette obligation. La transparence doit devenir une véritable culture nationale.
Pourquoi ne pas également réfléchir à des mécanismes permettant de mieux connaître l’origine des patrimoines des grands acteurs économiques, des chefs d’entreprises privées qui bénéficient de marchés publics, des responsables politiques qui aspirent à diriger les institutions, mais aussi des acteurs médiatiques dont les fortunes et les investissements peuvent susciter des interrogations légitimes ?
Les patrons de presse, comme les responsables politiques et économiques, doivent pouvoir être soumis à des exigences de transparence adaptées à leurs responsabilités et à leur influence. Il ne s’agit pas de jeter la suspicion sur qui que ce soit, encore moins de porter atteinte aux libertés. Il s’agit simplement de garantir que l’enrichissement ne soit pas le fruit de pratiques incompatibles avec l’intérêt général.
La déclaration de patrimoine devrait également être pensée dans la durée : à l’entrée en fonction, pendant l’exercice du mandat et à sa fin. C’est à ce moment que la comparaison entre le patrimoine initial et le patrimoine final peut véritablement permettre de détecter des enrichissements injustifiés et de renforcer la confiance des citoyens.
Car une question demeure : comment peut-on devenir subitement immensément riche après quelques années de responsabilités publiques alors que l’on ne disposait auparavant que de moyens modestes ?
Faire de la politique ne doit jamais devenir la voie la plus facile vers l’enrichissement personnel.
Au-delà des textes, c’est donc une véritable révolution des mentalités qu’il faut engager. La transparence ne doit pas être sélective. Elle doit concerner tous ceux qui exercent un pouvoir, gèrent des ressources, influencent les décisions publiques ou aspirent à accéder aux responsabilités.
L’argent public appartient au peuple. Les citoyens ont donc le droit de savoir comment il est géré, par qui et au profit de qui.
Pendant que certains s’enrichissent, ce sont souvent les contribuables et les citoyens les plus modestes qui supportent le poids des mauvaises pratiques, à travers les impôts, la hausse du coût de la vie, la dégradation des services publics et le manque d’opportunités.
La déclaration de patrimoine ne doit donc pas être une simple formalité administrative rangée dans un dossier. Elle doit devenir un véritable instrument de prévention, de contrôle et de reddition des comptes.
Le Sénégal a fait un pas. Il faut maintenant aller plus loin : plus de transparence, plus de contrôle, plus de sanctions lorsque la loi est violée, et surtout la même exigence pour tous.
Parce qu’une République crédible ne se construit pas avec des privilèges, mais avec la responsabilité et la transparence.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
