Municipalités : le retour nécessaire des administrateurs civils

La question du rôle et de la place des secrétaires généraux dans les collectivités territoriales mérite aujourd’hui un véritable débat national. Derrière les divergences qui se multiplient dans certaines municipalités se pose une question essentielle : qui doit garantir la solidité administrative, la neutralité institutionnelle et la continuité du service public local ?

Pendant longtemps, les collectivités territoriales ont bénéficié de l’expertise d’administrateurs civils, notamment de cadres issus de l’École nationale d’administration (ENA), formés aux exigences de la gestion publique, de la réglementation administrative et du fonctionnement de l’État. Leur présence constituait, à bien des égards, un rempart contre la confusion entre l’administration et la politique.

Exemple à Kaolack : depuis le départ des administrateurs civils ( Alioune Badara est parti en 2009, il a été remplacé par Mapenda Diaw Mbaye..), la configuration administrative de la municipalité a profondément évolué. Cette situation illustre les interrogations qui se posent aujourd’hui dans plusieurs collectivités territoriales sur la place des cadres de l’administration territoriale et sur la nécessité de préserver une véritable neutralité administrative.

Depuis le départ de certains de ces hauts cadres, dont Alioune Badara Diop en 2024, le paysage administratif de nombreuses municipalités semble avoir profondément changé. Dans plusieurs collectivités, on retrouve davantage des secrétaires d’administration ou des agents promus à des responsabilités administratives, parfois dans des contextes où les considérations politiques locales peuvent peser lourdement sur les choix de gestion.

Il faut pourtant rappeler une évidence : une mairie est une institution publique avant d’être un espace politique.

Le maire est un élu. Il tire sa légitimité du suffrage des citoyens et dispose de prérogatives politiques et administratives clairement définies par les textes. Mais le secrétaire général, lui, est appelé à assurer la permanence administrative de l’institution, à veiller à la régularité des procédures et à accompagner la mise en œuvre des décisions prises dans le respect de la loi.

C’est précisément pour cette raison que la compétence, l’expérience et l’indépendance professionnelle doivent primer dans le choix des responsables administratifs.

Un administrateur civil de la hiérarchie A, formé à l’ENA, n’est pas nécessairement un homme politique. Sa mission première est de servir l’institution, la collectivité et l’intérêt général. Il peut donc être amené à dire non lorsqu’une instruction ou une pratique lui paraît contraire aux textes, aux procédures ou aux principes de bonne administration.

Et c’est parfois là que commencent les difficultés.

Dans un environnement municipal fortement politisé, un cadre administratif qui refuse de confondre loyauté institutionnelle et fidélité politique peut rapidement être perçu comme un obstacle. Pourtant, son rôle n’est pas de satisfaire un camp, mais de sécuriser juridiquement et administrativement l’action de la collectivité.

Il faut donc sortir d’une logique où le secrétaire général serait considéré comme un simple prolongement administratif du maire.

Le maire dirige politiquement la collectivité ; l’administration municipale doit fonctionner dans le respect des lois, des règlements et de l’intérêt général. Cette distinction est indispensable à la bonne gouvernance locale.

Le Sénégal a besoin de collectivités territoriales fortes, modernes et professionnelles. Cela passe nécessairement par le renforcement de l’administration municipale, la valorisation des cadres compétents et la protection de la neutralité du service public.

Le débat ne doit donc pas opposer les maires aux secrétaires généraux. Il doit plutôt poser une question beaucoup plus importante : comment construire une administration territoriale capable d’accompagner efficacement les élus sans devenir l’instrument des calculs politiques ?

Le retour et la valorisation des administrateurs civils dans les collectivités territoriales pourraient constituer une partie de la réponse. Leur présence ne doit évidemment pas signifier une mise sous tutelle des maires ni une remise en cause de la légitimité des élus. Elle doit, au contraire, permettre de mieux séparer la décision politique de l’exécution administrative.

Il est temps également de renforcer les mécanismes de recrutement, de nomination et d’évaluation des secrétaires généraux, afin que ces fonctions reposent davantage sur la compétence, l’expérience et l’intégrité professionnelle que sur les appartenances ou les calculs politiques.

Une municipalité ne peut pas être gérée comme un parti politique.

L’élu passe, l’administration demeure. Le mandat politique a une durée ; le service public, lui, doit assurer sa continuité.

Il faut donc réhabiliter l’administration municipale, renforcer la place des cadres et préserver la frontière entre politique et administration. C’est à ce prix que la décentralisation pourra produire toute sa promesse : des collectivités efficaces, responsables et véritablement au service des citoyens.

Mamadou Camara, Journaliste

Camou Communication – Kaolack

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