Attention à l’infiltration : le cancer silencieux qui ronge les partis politiques Transhumance, opportunisme et stratégies internes : les formations politiques doivent-elles ouvrir leurs portes sans vigilance ?

Dans le paysage politique sénégalais, la transhumance n’est plus un phénomène nouveau. Mais derrière certains ralliements, une autre pratique, plus discrète et potentiellement plus déstabilisatrice, mérite aujourd’hui d’être interrogée : l’infiltration politique.

Il ne suffit plus, pour certains responsables, de quitter une formation politique pour rejoindre une autre. Certains changements d’orientation semblent parfois obéir davantage à la recherche de nouveaux espaces d’influence, de privilèges ou de positions qu’à une véritable conviction idéologique.

Plus préoccupant encore, certains acteurs pourraient être tentés de rejoindre une formation politique avec d’autres motivations : observer, recueillir des informations, identifier les rapports de force, repérer les divisions internes et, éventuellement, les exploiter.

Un danger pour la cohésion interne

Lorsqu’elle existe, l’infiltration constitue une véritable menace pour la stabilité d’un parti. Elle peut nourrir la suspicion entre responsables, fragiliser la confiance entre militants et créer des clivages artificiels.

Un parti politique repose avant tout sur la confiance, la loyauté et le partage d’une vision commune. Lorsque ces valeurs sont remplacées par le calcul, la méfiance finit par s’installer.

Le danger est alors de voir certains nouveaux arrivants chercher moins à construire qu’à influencer, moins à servir qu’à contrôler, moins à défendre un projet qu’à préparer leur propre avenir politique.

La vigilance doit rester de mise

Les partis politiques ont donc intérêt à regarder à la loupe les parcours, les motivations et les engagements de ceux qui frappent à leur porte.

Il ne s’agit évidemment pas de considérer tout nouveau militant comme un infiltré. La politique doit rester un espace ouvert, permettant les ralliements, les convictions nouvelles et les recompositions.

Mais un changement de parti doit être expliqué par des convictions et non uniquement par des intérêts personnels.

L’histoire politique sénégalaise montre d’ailleurs que les recompositions, les changements de camp et les nouvelles alliances font partie intégrante de la vie politique. Samba Sadji lui-même a évolué dans différents cadres politiques : il a notamment été identifié comme responsable du LSS à Kaolack avant d’être présenté plus récemment comme président de l’ARR à Kaolack.

Construire sur la loyauté plutôt que sur le calcul

Un parti fort ne se construit pas avec des hommes et des femmes uniquement attirés par les postes, les avantages ou les opportunités du moment.

Il se construit avec des militants convaincus, capables de défendre un projet même lorsque celui-ci traverse des périodes difficiles.

La véritable fidélité politique ne se mesure pas uniquement lorsque le parti est au pouvoir. Elle se révèle surtout dans les moments de crise, lorsque les avantages disparaissent et que les responsabilités deviennent plus lourdes.

C’est pourquoi les responsables des formations politiques doivent faire preuve de discernement. Accueillir, oui. Être naïf, non.

La politique exige de la confiance, mais la confiance n’exclut jamais la vigilance.

L’infiltration, lorsqu’elle est avérée, peut devenir un véritable cancer politique : elle s’installe discrètement, ronge la confiance, nourrit les divisions et finit par affaiblir l’organisation de l’intérieur.

Au Sénégal, à l’heure des grandes recompositions politiques, une question mérite donc d’être posée : qui rejoint réellement un parti par conviction et qui le rejoint uniquement par calcul ?

La réponse appartient aux militants, aux responsables politiques et surtout au temps.

Contribution : Samba Sadji

Président de l’Alliance pour la Refondation de la République (ARR) – Kaolack

Mamadou Camara – Journaliste

Camou Communication – Kaolack

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