Communication politique : quand la parole des leaders devient une arme à double tranchant

En politique, la parole n’est jamais anodine. Une déclaration improvisée, une attaque personnelle ou une sortie mal maîtrisée peut rapidement produire l’effet inverse de celui recherché. Elle peut fragiliser son auteur, alimenter les tensions et transformer un simple désaccord politique en véritable antagonisme.

La récente polémique née des déclarations d’un responsable politique à l’endroit d’un autre leader local en est une illustration. Au-delà des personnes concernées, cette séquence pose une question plus large : les responsables politiques maîtrisent-ils toujours les codes et les exigences de la communication politique ?

Certains leaders, pas tous heureusement, semblent parfois oublier qu’en politique, il faut remuer sept fois la langue dans sa bouche avant de parler. Une phrase prononcée sous le coup de l’émotion peut être reprise, amplifiée, détournée et finir par devenir un lourd handicap politique.

La critique politique est légitime. Le débat contradictoire est même indispensable au fonctionnement d’une démocratie. Mais lorsqu’il glisse vers les attaques personnelles, les insinuations, la stigmatisation ou les propos susceptibles de provoquer des divisions, il devient contre-productif.

Une communication politique mal maîtrisée peut créer des antagonismes, nourrir une haine viscérale et durable, diviser les communautés politiques et finalement se retourner amèrement contre celui qui en est à l’origine.

Cette situation révèle également une faiblesse plus générale : nombreux sont les responsables politiques qui communiquent sans véritable stratégie. Or, communiquer en politique ne consiste pas simplement à prendre un micro et à parler. Il faut savoir quoi dire, quand le dire, comment le dire et surtout ce qu’il faut éviter de dire.

La formation en communication politique devrait donc occuper une place beaucoup plus importante dans les partis, coalitions et mouvements politiques. Un leader peut avoir une grande expérience, une forte popularité ou une solide implantation locale ; sans maîtrise de sa communication, il peut néanmoins compromettre en quelques minutes le travail accompli pendant des années.

La politique exige de la conviction, mais également de la retenue. Elle exige du courage, mais aussi de la hauteur. Répondre à un adversaire politique ne signifie pas nécessairement l’attaquer personnellement.

Dans une démocratie mature, les divergences doivent pouvoir s’exprimer sans transformer les adversaires d’aujourd’hui en ennemis irréconciliables de demain.

La parole politique doit rassembler davantage qu’elle ne divise. Car lorsqu’un responsable politique ne maîtrise plus ses mots, ce ne sont pas seulement ses adversaires qui peuvent en tirer profit : c’est parfois lui-même qui devient la première victime de sa propre communication.

Mamadou Camara – Journaliste

Camou Communication – Kaolack

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