Éditorial -500 millions : La fondation et le Franc Sénégalais Mal8cl Ba-Journaliste

Cinq cents millions de francs CFA. Pas cinq cents millions de promesses, cette fois : cinq cents millions annoncés pour la mobilisation autour des JOJ, via la fondation de la Première dame, qui n’exerce pourtant aucune fonction officielle.

Mobilisation de quoi, au juste ? De la jeunesse ? Du peuple ? Des supporters ? Ou des gros bras et des militants de « Kiiray », histoire d’éviter que certains ne soient « sonkorisés » dans les tribunes ? Mystère. Mais une chose est certaine : le Sénégalais lambda, lui, n’a besoin d’aucune mobilisation pour savoir qu’il est fauché.

 

Pendant que la fondation sort le chéquier, le peuple sort la calculette. Riz, huile, sucre, carburant, transport, loyers, factures : tout grimpe. Le panier de la ménagère ressemble désormais à un parcours du combattant. Pour beaucoup, finir le mois relève presque de la haute voltige.

Feu Kéba Mbaye disait à Abdou Diouf : « Les Sénégalais sont fatigués. » Quelques décennies plus tard, la phrase n’a pas pris une ride. Elle a même retrouvé une seconde jeunesse.

 

Et voilà qu’au milieu de cette fatigue nationale surgissent 500 millions. Une somme qui ferait tousser même une calculatrice.

La question n’est donc pas de savoir si les JOJ méritent d’être soutenus. Bien sûr qu’ils le méritent. La vraie question est beaucoup plus prosaïque : d’où viennent ces 500 millions ?

Une fondation sans fonction publique, qui annonce une contribution aussi conséquente, doit pouvoir expliquer clairement l’origine des fonds. Dons ? Contributions privées ? Partenariats ? Mécénat ? Ressources propres ? Autre mécanisme ?

Parce qu’en matière d’argent public ou parapublic, la transparence n’est pas une faveur : c’est la moindre des choses.

Sinon, le Sénégalais lambda risque de regarder les JOJ avec un drôle de sentiment : pendant que les athlètes courent après les médailles, lui court après son salaire ; pendant que certains mobilisent 500 millions, lui mobilise ses dernières pièces pour acheter un sac de riz.

 

Dans un pays où le peuple compte ses francs CFA comme d’autres comptent leurs médailles, 500 millions ne passent jamais inaperçus. Ils appellent forcément une explication.

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