L’économiste Ndongo Samba Sylla a tiré la sonnette d’alarme sur la situation financière du Sénégal et, plus particulièrement, sur le poids croissant de la dette extérieure. Intervenant lors d’un dialogue de haut niveau organisé par le Cajust (Citoyens actifs pour la justice sociale), il a livré une analyse critique des mécanismes qui, selon lui, fragilisent la capacité du pays à honorer ses engagements financiers internationaux.
Au cœur de son intervention, l’économiste a insisté sur une réalité fondamentale : une dette contractée en devises étrangères doit être remboursée dans ces mêmes devises. Autrement dit, une dette libellée en dollars ou en euros ne peut pas être réglée simplement avec des francs CFA sans passer par une conversion en monnaie étrangère.
Pour illustrer son propos, Ndongo Samba Sylla explique que la disponibilité de ressources en francs CFA ne suffit pas nécessairement à assurer le paiement d’une dette extérieure. Selon lui, ce sont notamment les recettes en devises générées par les exportations qui permettent à un pays de disposer des monnaies nécessaires au règlement de ses engagements extérieurs.
Une dette extérieure qui pèse davantage
L’économiste estime que le Sénégal fait face à un déséquilibre préoccupant entre l’évolution de sa dette extérieure et sa capacité à générer suffisamment de devises.
Il souligne notamment l’augmentation du service de la dette extérieure au cours des dernières années, alors que les performances à l’exportation ne progresseraient pas au même rythme. À ses yeux, cette situation crée un mécanisme de dépendance dans lequel le pays doit recourir davantage à l’endettement pour faire face à ses besoins financiers extérieurs.
Ndongo Samba Sylla rappelle avoir déjà alerté sur cette problématique depuis plusieurs années. Il considère que l’accroissement du coût du service de la dette constitue aujourd’hui une contrainte majeure pour les finances publiques sénégalaises.
« On n’a pas la capacité objective de payer »
Pour l’économiste, la question centrale est celle de la capacité réelle du Sénégal à mobiliser suffisamment de devises pour honorer ses échéances.
Il prend l’exemple d’un débiteur qui doit 100 dollars mais ne dispose que de 50 dollars : même s’il possède des ressources importantes dans une autre monnaie, il doit trouver les 50 dollars manquants pour respecter son engagement. Selon son analyse, un État confronté à une situation similaire peut être contraint de contracter de nouveaux emprunts, avec le risque de supporter des taux d’intérêt plus élevés.
Ndongo Samba Sylla estime ainsi que le Sénégal doit éviter de s’enfermer dans un cycle où de nouveaux emprunts serviraient à couvrir les échéances des dettes antérieures.
Transparence et souveraineté monétaire au cœur des solutions
Face à cette situation, l’économiste plaide d’abord pour davantage de transparence dans la gestion et la contraction de la dette publique. Il estime que le Sénégal doit distinguer les dettes légalement contractées et destinées à financer des besoins clairement identifiés de celles dont les conditions ou l’utilisation mériteraient d’être davantage examinées.
Il met également en avant la nécessité de réformes structurelles afin de renforcer la production nationale, les exportations et la capacité du pays à générer des devises.
Parmi les pistes avancées figure la question de la souveraineté monétaire. Ndongo Samba Sylla défend notamment l’idée d’une sortie du système du franc CFA, qu’il considère comme l’un des éléments structurels contribuant, selon son analyse, à la dépendance financière des pays qui l’utilisent.
Il estime également que la souveraineté monétaire devrait être accompagnée de politiques industrielles capables de renforcer durablement l’économie nationale.
Concernant le projet de monnaie Eco, l’économiste se montre particulièrement sceptique quant à sa concrétisation et à sa capacité à répondre aux enjeux de souveraineté monétaire.
À travers cette intervention, Ndongo Samba Sylla remet ainsi au centre du débat les questions de la dette extérieure, de la disponibilité des devises, de la souveraineté monétaire et de la transformation structurelle de l’économie sénégalaise.
Mamadou Camara-Journaliste
Camou Communication
Kaolack
