Le président du Parti des libéraux et des démocrates (PLD/And Suqali), Dr Oumar Sarr, critique la tournure prise par les discussions autour du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Selon lui, ce texte, destiné à ajuster le budget en cours d’exécution, ne devrait pas devenir un cadre de débat sur les grandes orientations économiques du gouvernement. Il met en garde contre les conséquences financières et institutionnelles d’un éventuel rejet.
Dans une note initialement destinée à une assemblée de militants, Dr Oumar Sarr estime que le débat autour de la LFR 2026 s’éloigne de sa vocation première. Pour lui, une loi de finances rectificative doit avant tout permettre d’adapter les prévisions budgétaires aux réalités de l’exercice, de régulariser les mouvements de crédits opérés en cours d’année et de sécuriser la gestion des dépenses publiques.
L’ancien responsable politique juge ainsi que les discussions actuelles portent davantage sur des choix d’orientation économique qui devraient, selon lui, être examinés lors de l’élaboration d’une loi de finances initiale (LFI).
Un dérapage budgétaire préoccupant
Dans son analyse, Dr Oumar Sarr met en avant plusieurs indicateurs qu’il considère comme révélateurs des difficultés budgétaires du Sénégal. Il relève notamment une croissance ramenée à 2,7 %, contre une prévision initiale de 5 %, ainsi que des recettes estimées à 5 848,7 milliards de francs CFA, soit une baisse de 340,1 milliards par rapport aux projections de départ.
Les dépenses publiques, quant à elles, atteindraient 7 583,9 milliards de francs CFA, en hausse de 150 milliards. Le déficit budgétaire s’établirait à 1 735,2 milliards, contre 1 245,1 milliards initialement prévus. Rapporté au produit intérieur brut (PIB), il représenterait 7,6 %, contre un objectif de 5,4 %.
Le président du PLD/And Suqali attire également l’attention sur le besoin de financement de l’État, évalué à 6 774 milliards de francs CFA, soit près de 700 milliards de plus que dans la loi de finances initiale. Il souligne, par ailleurs, la réduction de 555 milliards de francs CFA des investissements financés sur ressources internes, tandis que les transferts courants augmentent, notamment pour soutenir les subventions à l’électricité et aux carburants ainsi que les aides directes aux ménages.
Pastef accusé de déplacer le débat
Dr Oumar Sarr reproche au parti au pouvoir, Pastef, de transformer l’examen de la LFR en une discussion sur les orientations générales de la politique économique. Il cite notamment le Plan de redressement économique et social (PRES), les choix fiscaux, la valorisation du patrimoine public et la rationalisation des dépenses.
À ses yeux, ces questions relèvent davantage de la préparation du budget initial que de la régularisation budgétaire en fin d’exercice. Il considère également que les arbitrages relatifs aux subventions et aux allègements de TVA sur l’énergie relèvent principalement des choix de l’exécutif.
Sur la question de la dette, le responsable politique critique les orientations qu’il associe à la souveraineté financière et au reprofilage de la dette, estimant qu’elles traduisent une approche doctrinaire des relations avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un rejet aux conséquences potentiellement lourdes
L’un des principaux points d’alerte de la note concerne les conséquences possibles d’un rejet de la LFR. Dr Oumar Sarr estime qu’une telle issue pourrait compromettre l’avancement du programme envisagé avec le FMI et fragiliser les relations financières du Sénégal avec ses partenaires extérieurs.
Il rappelle qu’un accord au niveau des services du Fonds, conclu le 1er septembre 2026 selon sa note, prépare un programme de 36 mois, évalué à environ 2,2 milliards de dollars, dont l’approbation définitive reste soumise au Conseil d’administration de l’institution. Selon son analyse, l’absence de cadre budgétaire rectifié pourrait compliquer cette approbation et entraîner des retards dans les décaissements de certains partenaires.
Le président du PLD/And Suqali évoque également un risque de dégradation de la signature souveraine du Sénégal. Un rejet du texte pourrait, selon lui, envoyer un signal négatif aux marchés financiers, renchérir les conditions d’emprunt de l’État et augmenter le coût du refinancement de la dette.
À ces risques s’ajouteraient d’éventuelles difficultés de trésorerie, des retards de paiement aux fournisseurs et aux salariés ainsi qu’une accumulation d’arriérés intérieurs. Dans un tel scénario, prévient-il, les tensions budgétaires pourraient se répercuter sur les entreprises, les banques locales et l’activité économique.
Un appel au rassemblement pour éviter l’impasse
En conclusion, Dr Oumar Sarr défend une approche qu’il présente comme pragmatique : réserver les grandes orientations économiques au débat sur la loi de finances initiale et concentrer l’examen de la LFR sur les ajustements nécessaires à la bonne exécution du budget.
Il estime qu’un désaccord avec le budget initial ne devrait pas nécessairement conduire au blocage du texte rectificatif. Selon lui, les parlementaires peuvent exprimer leurs réserves, notamment par l’abstention, sans compromettre le fonctionnement financier de l’État.
Face aux tensions entourant l’examen de la LFR 2026, le président du PLD/And Suqali appelle ainsi les forces politiques et les acteurs nationaux à privilégier le dialogue et le rassemblement. Son message final se veut un avertissement : au-delà des divergences partisanes, l’urgence est, selon lui, de préserver les intérêts du Sénégal et d’éviter une impasse budgétaire susceptible d’aggraver les difficultés économiques du pays.
Dr Oumar Sarr Président du Parti des libéraux et des démocrates (PLD/And Suqali)
