Finances publiques : la dette extérieure du Sénégal s’envole à plus de 45 milliards de dollars en 2025

DAKAR — Le couperet est tombé. Selon le dernier Rapport sur la dette internationale 2026 publié par le Groupe de la Banque mondiale ce jeudi 5 novembre 2026, l’encours total de la dette extérieure du Sénégal franchit le seuil des 45,399 milliards de dollars au titre de l’exercice 2025 (soit environ 26 531 milliards de francs CFA). Ce montant traduit une progression nette de 10 % par rapport à 2024 et confirme une tendance vertigineuse : l’encours extérieur du pays a plus que quadruplé en dix ans, s’établissant à titre de comparaison à 10,47 milliards de dollars en 2015.

​Après une très légère accalmie observée au cours du biennal 2023-2024, la courbe de l’endettement repart à la hausse. L’inventaire détaillé publié par l’institution de Bretton Woods permet de décomposer cet encours global en trois compartiments clés :

​La dette publique et garantie par l’État : Elle constitue le cœur de l’encours avec 29,589 milliards de dollars, représentant environ 65 % de l’engagement global.

​La dette privée non garantie : Elle s’élève à 13,101 milliards de dollars (29 % du total). Bien qu’elle ne bénéficie pas du cautionnement souverain, elle fait peser une pression constante sur la position financière extérieure globale du pays.

​La dette à court terme : Elle s’établit à 2,709 milliards de dollars, soit 6 % du stock global.

​Prédominance des créanciers multilatéraux et poids du secteur privé

​L’analyse de la dette publique et garantie selon la nature des bailleurs de fonds révèle des vulnérabilités structurelles importantes.

​Les créanciers multilatéraux détiennent la part prépondérante avec 13,287 milliards de dollars (45 % du sous-total public). Au sein de ce groupe, l’Association internationale de développement (IDA – Groupe Banque mondiale) s’impose comme premier bailleur avec 5,186 milliards de dollars, suivie par la Banque africaine de développement (BAD) qui détient 2,135 milliards de dollars. Le reste des créances institutionnelles multilatérales totalise 5,967 milliards de dollars.

​Côté créanciers bilatéraux, la Chine conserve sa position d’acteur dominant avec 2,086 milliards de dollars créancés sur l’État sénégalais, devant la France (1,611 milliard de dollars) et les autres partenaires bilatéraux (1,497 milliard de dollars).

​Le point de vigilance majeur réside toutefois dans la part attribuée aux créanciers privés (notamment les investisseurs détenteurs d’euro-obligations). Ces derniers concentrent près de 38 % de la dette publique. Ce recours massif au marché privé expose directement le Trésor public aux fluctuations des marchés financiers internationaux, imposant des coûts d’emprunt nettement plus onéreux que les guichets concessionnels.

​Profil d’endettement au-dessus des standards régionaux

​Bien qu’un essoufflement marqué du service de la dette soit constaté pour 2025 après un pic historique, la décennie écoulée montre une dégradation continue des ratios de solvabilité du pays. Le Sénégal se maintient désormais au-dessus de la bande interquartile de référence (25 à 75 % des pays déclarants retenus par la Banque mondiale), se classant parmi les nations les plus fortement endettées de l’échantillon.

​S’agissant des conditions d’emprunt contractées en 2025 auprès des créanciers officiels, les nouveaux engagements s’inscrivent dans des paramètres relativement concessionnels : maturité moyenne de 13 ans, différé d’amortissement de 4 ans et taux d’intérêt moyen fixé à 3,0 %.

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