En ce mois béni de Ramadan, une réalité silencieuse et préoccupante s’installe dans plusieurs foyers sénégalais. Au moment où certaines familles peinent même à assurer une rupture de jeûne digne, des rencontres politiques autour de “ndogou” fastueux se multiplient. Une situation qui interroge et interpelle.
Oui, il faut le dire clairement : aujourd’hui, au Sénégal, des personnes rompent leur jeûne avec un simple verre d’eau avant d’aller se coucher. D’autres éprouvent de grandes difficultés à trouver de quoi manger durant la nuit. Cette situation n’est pas une exagération. Elle est vécue par des ménages frappés de plein fouet par les difficultés économiques. Des familles dignes, qui ne quémandent pas, qui n’appellent pas à l’aide, mais qui placent leur confiance en Dieu tout en préservant leur dignité.
Dans ce contexte particulièrement sensible, voir se multiplier des “ndogou politiques” organisés entre coordonnateurs, députés et responsables de partis ou de coalitions pose question. Alors que l’heure devrait être à la solidarité active envers les plus vulnérables, certains responsables semblent privilégier des rencontres entre élites politiques.
Pourtant, il n’y a pas si longtemps — entre 2021 et 2024 — ces mêmes acteurs politiques évoquaient les difficultés des populations et appelaient à plus de justice sociale. Aujourd’hui, une fois aux affaires, le contraste entre les discours d’hier et certaines pratiques actuelles suscite incompréhension et frustration chez de nombreux citoyens.
La rupture promise par les nouvelles autorités devait symboliser une autre manière de faire de la politique, plus proche des réalités des populations. Mais lorsque des “ndogou politiques” coûtant parfois des millions sont organisés alors que des familles n’ont même pas deux kilos de riz pour se nourrir après la rupture, le message envoyé au peuple devient problématique.
Les leaders politiques gagneraient à regarder dans le rétroviseur et à se rappeler les moments difficiles qui ont précédé leur accession au pouvoir. La sympathie et la confiance du peuple ne sont jamais acquises définitivement.
Car en politique, ce sont souvent les détails négligés qui finissent par se retourner contre leurs auteurs. Organiser des rencontres politiques pendant que des citoyens rompent leur jeûne avec de l’eau chaude peut être perçu, à tort ou à raison, comme une forme de déconnexion avec la réalité sociale.
Le Sénégal traverse une période exigeante pour de nombreux ménages. Plus que jamais, l’heure devrait être à la solidarité, au partage et à l’attention portée aux plus fragiles.
Les responsables politiques doivent se souvenir que ce sont précisément ces citoyens silencieux, dignes et souvent oubliés qui, le moment venu, décident aussi du destin électoral des dirigeants.
Mamadou Camara, journaliste
Camou Communication
Kaolack
