Faux extraits , faux diplômes : le grand défi de la volonté politique au Sénégal L'heure d'une volonté politique ferme contre les faux documents

Au Sénégal, les scandales liés aux faux extraits de naissance, faux certificats de nationalité et autres documents administratifs frauduleux se multiplient. Plusieurs personnes ont été arrêtées ces derniers jours pour trafic de pièces d’état civil vendues à des étrangers. Mais derrière cette affaire se cache une question beaucoup plus profonde : combien de personnes ont intégré des services publics avec de faux diplômes ou de faux CV ?

L’affaire des extraits de naissance frauduleux doit servir d’alerte nationale. Car celui qui peut fabriquer un faux acte d’état civil peut aussi produire un faux baccalauréat, un faux master ou une fausse attestation grâce à un simple scanner et quelques logiciels. Aujourd’hui, la fraude documentaire est devenue plus facile, plus discrète et parfois difficile à détecter sans contrôle sérieux.

Il devient donc urgent d’ouvrir de véritables enquêtes administratives dans certaines directions, agences, collectivités locales, universités et structures publiques où les recrutements ont été massifs ces dernières années. Il ne s’agit pas de chasse aux sorcières, mais d’un devoir de transparence et de crédibilité de l’État.

La digitalisation des documents administratifs est une avancée importante. Mais elle ne suffit pas. Les autorités doivent également envoyer des équipes de contrôle dans les services concernés afin de vérifier l’authenticité des diplômes, des CV et des pièces fournies lors des recrutements. Beaucoup de dossiers dorment dans des archives sans avoir jamais été sérieusement vérifiés.

Le problème est aussi politique. Lorsqu’on confie certaines directions à des responsables politiques ou à des proches du pouvoir, les recrutements deviennent parfois des récompenses militantes. Et dans ce système, la compétence passe souvent après les relations. Des jeunes sont recrutés par favoritisme, sans contrôle rigoureux de leurs qualifications réelles.

Le Sénégal ne pourra construire une administration forte avec des agents recrutés sur la base de faux documents ou du clientélisme. La confiance dans les institutions exige un assainissement profond. Ceux qui ont obtenu des postes honnêtement ne doivent pas être mélangés avec des fraudeurs.

Aujourd’hui, l’État a une occasion historique : profiter de cette affaire des faux documents d’état civil pour lancer un audit national des recrutements publics. Car nettoyer les fichiers administratifs, c’est aussi protéger l’avenir du pays.

Mamadou Camara, journaliste

Kaolack

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