La presse sénégalaise traverse aujourd’hui une crise profonde qui interpelle tous les acteurs de la République
Après les nombreuses alertes adressées au secteur, il apparaît clairement que des dérives persistantes fragilisent le rôle fondamental des médias dans notre démocratie Des individus ne remplissant pas les conditions requises, notamment l’absence de carte de presse, de quitus fiscal ou de formation professionnelle, s’improvisent journalistes avec la complicité, parfois, de certains patrons de presse
Pendant ce temps, de jeunes professionnels dûment formés, issus de grandes écoles de communication, peinent à trouver leur place et sont laissés en marge du système
Sur le terrain, la confusion est totale Des journalistes qualifiés se retrouvent à exercer aux côtés de tiktokeurs, influenceurs ou amateurs, brouillant ainsi les repères et dévalorisant la profession Pourtant, dans d’autres corps de métier, des règles strictes s’imposent On ne devient ni enseignant sans formation reconnue, ni agent de police sans passer par une école spécialisée
L’ouverture anarchique du secteur a entraîné des conséquences graves avec la multiplication des cas de diffamation, la propagation de fausses informations, la montée de l’amateurisme et la perte de crédibilité des médias
Même parmi certaines figures médiatiques très visibles, des interrogations subsistent quant à leur conformité aux exigences de la profession Servent-elles réellement l’information ou poursuivent-elles des intérêts personnels, parfois au détriment de l’éthique
Il est également préoccupant de constater que certains acteurs politiques encouragent ces dérives en s’entourant de profils peu qualifiés, contribuant ainsi à affaiblir davantage le secteur
Aujourd’hui, la presse, censée être un pilier de la démocratie et une sentinelle des institutions, tend à devenir dans certains cas un instrument de propagande ou de manipulation Les citoyens se retrouvent exposés à des contenus toxiques, loin de l’information de qualité à laquelle ils ont droit
Face à cette situation, il devient urgent d’agir
Nous appelons à une réforme en profondeur du secteur des médias, à un assainissement rigoureux de la profession, à l’identification claire des journalistes professionnels dans chaque région en collaboration avec les autorités administratives et les forces de sécurité, au renforcement des mécanismes de régulation et de contrôle, notamment par le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias, ainsi qu’à l’implication des députés pour proposer et voter des lois adaptées aux réalités actuelles du secteur
Tant que cette presse ne sera pas assainie, il sera difficile pour les autorités de travailler dans un climat serein et pour les citoyens d’accéder à une information fiable et constructive
La liberté de la presse est un acquis précieux Mais elle ne doit pas être confondue avec l’anarchie ni servir de couverture à des pratiques contraires à l’éthique et à l’intérêt général
Il est temps d’agir pour restaurer la crédibilité, la rigueur et la noblesse du journalisme sénégalais
Mamadou Camara
Journaliste – Communicant .Kaolack
Diplômé en Master 2 journalisme et communication
