Au Sénégal, la fonction de Président du Conseil d’administration devrait incarner la rigueur, la hauteur et le sens de l’intérêt général. Elle n’est ni un poste d’exécution, ni un strapontin pour avantages démesurés, mais un rôle de supervision stratégique au service de structures financées, directement ou indirectement, par les deniers publics.
Et pourtant, certaines pratiques récentes viennent troubler cette exigence de sobriété. La demande ou l’octroi d’un véhicule estimé à 87 millions de francs CFA, accompagnée d’une indemnité de logement pouvant atteindre ou dépasser 2 millions mensuels, soulève une question fondamentale : jusqu’où peut-on aller sans trahir l’esprit de la fonction ?
Certes, le cadre juridique prévoit des mécanismes de rémunération pour les PCA. Des jetons de présence, des indemnités, voire certains avantages peuvent être accordés, à condition qu’ils soient validés par les instances compétentes et conformes aux textes en vigueur. Mais réduire le débat à une simple conformité administrative serait une erreur d’appréciation.
Car la vraie question est ailleurs. Elle réside dans le rapport entre légalité et légitimité. Dans un contexte où les attentes sociales sont fortes, où les exigences de transparence et de bonne gouvernance sont devenues des impératifs politiques, de tels avantages peuvent apparaître comme une rupture avec les principes d’exemplarité que doivent incarner les dirigeants publics.
Le PCA n’est pas un directeur général. Il ne porte pas la charge opérationnelle quotidienne. Lui accorder des privilèges comparables, voire supérieurs, interroge sur la cohérence du système et sur la hiérarchie des responsabilités au sein des entreprises publiques.
Au-delà des textes, c’est l’image de l’État qui est en jeu. Une gouvernance crédible ne se mesure pas uniquement à la légalité des décisions, mais à leur capacité à refléter une gestion responsable, équitable et alignée sur les réalités du pays.
Accorder de tels avantages dans un contexte marqué par des défis économiques et sociaux majeurs, c’est prendre le risque d’alimenter le fossé entre les institutions et les citoyens. C’est aussi fragiliser les discours sur la rupture, la transparence et la gestion vertueuse.
Il devient donc urgent de remettre au centre le sens de la mesure. Gouverner, ce n’est pas seulement appliquer des règles, c’est aussi incarner une éthique.
Mamadou Camara, journaliste-Communicant
Kaolack
