L’annonce officielle du Fonds d’aide à la presse remet sur la table une question essentielle, longtemps éludée : celle de la répartition équitable des ressources au sein des entreprises de presse. Car, derrière les décisions prises dans les sièges des rédactions à Dakar, se cache une réalité bien plus rude, celle des correspondants et jeunes reporters en régions.
Depuis des années, ce sont souvent les patrons de presse qui assurent seuls la gestion de ces fonds, sans que les véritables artisans de l’information de terrain n’en ressentent les retombées. Pourtant, dans les régions, ces correspondants travaillent sans relâche, parfois dans des conditions précaires, sans statut clair ni sécurité financière. Sous le soleil accablant ou dans des contextes difficiles, ils assurent une mission essentielle : alimenter les rédactions centrales et maintenir le lien entre l’actualité nationale et les réalités locales.
Ce déséquilibre n’est plus tenable.
Il est temps de rendre à César ce qui appartient à César. Les correspondants et reporters régionaux ne doivent plus être les oubliés des politiques internes de redistribution. Leur engagement, leur sacrifice et leur contribution au pluralisme de l’information méritent reconnaissance et considération, mais aussi un accompagnement financier digne.
Le journalisme sénégalais ne se limite pas à Dakar. Il vit et respire aussi à Kaolack, Saint-Louis, Ziguinchor, Tambacounda et dans tant d’autres localités où des jeunes, souvent passionnés et déterminés, portent la voix de leurs communautés. Les ignorer, c’est fragiliser toute la chaîne de production de l’information.
À la hiérarchie des médias, un appel clair est lancé : refusez toute forme de discrimination interne. Pensez à ces hommes et femmes de l’ombre, véritables sentinelles de l’information, qui tiennent le front dans les zones les plus éloignées. Dans toute organisation, il est dangereux — et injuste — de tirer profit du travail des plus méritants sans leur en reverser les fruits.
Cette fois-ci, l’histoire ne doit pas se répéter.
Le Fonds d’aide à la presse doit être une opportunité de correction, de justice et de reconnaissance. Une occasion de bâtir un modèle plus inclusif, où chaque maillon de la chaîne médiatique est valorisé à sa juste mesure.
Mamadou Camara
Journaliste, Kaolack
