SÉNÉGAL : JOURNALISME D’HIER ET D’AUJOURD’HUI , UN FOSSÉ GRANDISSANT ENTRE LES GÉNÉRATIONS Par Mamadou Camara, journaliste Kaolack

Le paysage médiatique sénégalais a profondément évolué au fil des décennies, laissant apparaître un fossé de plus en plus marqué entre les générations de journalistes.

Il fut un temps où de grandes figures du journalisme, véritables références pour les auditeurs et téléspectateurs, incarnaient rigueur, professionnalisme et crédibilité. Des noms comme Mignele Barro, Mamadou Malaye Diop, Mbaye Sidy Mbaye, Ibrahima Ndiaye, Ibrahima Bakhoum , Demba Ndiaye , Abdoulaye Fall correspondant permanent de Sud quotidien a Kaolack , Abdiulaye Sackou Faye ou encore Abdou Latif Coulibaly demeurent associés à une époque où informer relevait presque d’un sacerdoce.

La génération suivante, avec des journalistes tels que Pierre Édouard Faye , Omar Gningue , Ndiaya Diop ,  Ibrahima Dramé  de la RFM, Pape Diomaye Thiaré, Khaly Seck, Aminata Mbodji, Baye Omar Gueye , Ndeye Fatou Sy ,  Bacary Domingo Mané,  Awa Thiao ,  Elimane Fall du Sokeil , feu Mamadou Sagne , a tenté de perpétuer cet héritage, en maintenant un certain niveau d’exigence dans le traitement de l’information.

À cette époque, il était extrêmement rare de voir des journalistes convoqués devant la Division des Investigations Criminelles pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles. La plupart étaient issus de grandes écoles de journalisme et respectaient scrupuleusement les règles d’éthique et de déontologie. Le public, lui, attendait avec impatience leurs chroniques, éditoriaux et revues de presse.

Des présentateurs comme Abdoulaye Sackou Faye ou Malick Ba imposaient une tenue d’antenne irréprochable. Les revues de presse, à l’image de celles de Pape Alé Niang, Ndeye Fatou Sy, Aminata Mbodji ou Ndeye Marième Ndiaye à Sud FM, étaient structurées, rigoureuses et respectées.

Aujourd’hui, le constat est plus préoccupant. Des chroniqueurs, parfois sans formation adéquate, occupent une place grandissante dans les médias, reléguant au second plan des professionnels aguerris. Le phénomène s’accompagne d’une multiplication des convocations devant les services d’enquête, signe d’un malaise profond dans le traitement de l’information.

Toutefois, certains chroniqueurs judiciaires, à l’image de Daouda Mine ou Pape Ndiaye, se distinguent par leur sérieux et leur professionnalisme, prouvant que l’exigence reste possible dans ce contexte.

Ces dernières années, la banalisation du métier — où chacun se proclame journaliste ou chroniqueur — a contribué à fragiliser la crédibilité de la presse. Pourtant, celle-ci joue un rôle fondamental dans le renforcement de la démocratie. Elle est à la fois un outil de veille, d’alerte et une sentinelle chargée de protéger les institutions tout en portant la voix des citoyens.

Force est de constater que l’éthique et la déontologie journalistiques sont aujourd’hui mises à rude épreuve. Cette dérive est regrettable.

Il devient urgent de mettre un terme à ce désordre médiatique qui ébranle la confiance du public. Patrons de presse, professionnels de l’information, autorités étatiques et locales, députés et acteurs de la société civile doivent unir leurs efforts pour s’attaquer aux causes profondes du mal.

Dire que le journalisme n’a plus de valeur au Sénégal serait excessif, mais il est indéniable qu’il traverse une crise. Même certains anciens ressentent aujourd’hui le besoin de renforcer leurs capacités pour s’adapter aux nouvelles exigences du métier.

Par ailleurs, une nouvelle génération de jeunes journalistes, diplômés, rigoureux et maîtrisant les fondamentaux du métier, commence à s’imposer. Elle contraste avec ceux qui privilégient encore le sensationnel et les faits divers au détriment de l’analyse et de la vérification.

Les responsabilités sont partagées. Mais seule une véritable volonté politique, accompagnée d’un sursaut collectif des acteurs du secteur, permettra de restaurer les lettres de noblesse du journalisme sénégalais.

Mamadou Camara, journaliste Kaolack

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