La Coalition Diomaye Président traverse l’une des zones de turbulence les plus sérieuses depuis son accession au pouvoir. Le meeting politique organisé à Mbour, présenté comme une grande démonstration de force, laisse derrière lui un profond malaise, des accusations graves de mauvaise gestion et une colère noire chez plusieurs responsables politiques et mouvements alliés.
Au cœur de la polémique, Baye Thiam Ahlan, président national des maîtres coraniques, arabophones, femmes et jeunes “Domou Dara”, est sorti de son silence avec des révélations explosives sur les conditions de mobilisation du rassemblement de Mbour.
Selon lui, le Mouvement national des arabophones (MONAR) n’aurait reçu aucun des moyens promis pour assurer la mobilisation. Très remonté, il affirme avoir décidé de boycotter purement et simplement le meeting, tout comme la présidente nationale des femmes du mouvement.
« Nous n’avons rien reçu. Au départ, on nous avait parlé de trois bus, ensuite quatre, puis finalement cinq bus pour Kaolack. Mais à quelques heures seulement de la rencontre, on nous appelle pour nous dire que chaque responsable ne devait venir qu’avec cinq personnes. C’est un manque total de respect envers notre mouvement », dénonce-t-il.
Baye Thiam Ahlan parle même d’un profond mépris envers les millions de membres et sympathisants du mouvement des arabophones et des “Domou Dara” à travers le pays. Il affirme que cinq millions de francs CFA étaient annoncés pour permettre la mobilisation nationale du MONAR dans plusieurs localités, notamment Thiès, Foundiougne, Fatick, Mbacké et Diourbel.
Mais à l’arrivée, dit-il, seule une proposition de 35 000 FCFA lui aurait été faite pour venir avec cinq personnes.
« Comment peut-on demander à un mouvement national de mobiliser tout un réseau avec 35 000 francs ? C’est humiliant. J’ai refusé et j’ai boycotté », martèle-t-il.
Le responsable ne s’est pas arrêté là. Il accuse également certains circuits internes de la coalition d’avoir brouillé la gestion des fonds destinés à la mobilisation de Kaolack. Selon ses déclarations, neuf millions de francs CFA ainsi que 45 cars étaient annoncés pour assurer une forte présence des responsables et militants de la région au meeting de Mbour.
Cependant, les responsables locaux n’auraient finalement reçu qu’une enveloppe largement inférieure aux promesses initiales.
« Les responsables politiques de Kaolack n’ont jamais vu les neuf millions annoncés. Finalement, ils auraient reçu moins de trois millions, dont un million envoyé par la superviseure nationale pour les renforcer », révèle-t-il.
Plus grave encore, Baye Thiam Ahlan affirme que sur les 45 cars annoncés, seuls les financements de quelques véhicules auraient été effectivement disponibles.
« On parlait de 45 cars. Mais à l’arrivée, les responsables n’ont reçu que l’équivalent de six cars. La commune a obtenu deux cars et les quatre autres étaient destinés au département », explique-t-il.
Le fiasco organisationnel aurait atteint son paroxysme le jour du déplacement. D’après lui, même les rares moyens mobilisés n’ont pas permis de remplir les véhicules.
« Finalement, sur les deux cars de Kaolack, un seul n’a même pas pu être rempli. C’est dire à quel point la situation est grave », lance-t-il avec amertume.
Dans une sortie particulièrement sévère, Baye Thiam Ahlan interpelle directement les plus hautes autorités, notamment Bassirou Diomaye Faye, Aminata Touré, Serigne Guèye Diop et Abdoulaye Tine.
Pour lui, la coalition est aujourd’hui « au bord de l’implosion » à cause des frustrations internes, des soupçons autour de l’argent de la mobilisation et du manque de considération envers certains responsables de terrain.
« Tout le monde est en colère. Des groupes WhatsApp ont même été supprimés. Les responsables sont très déçus. On doit tirer cette affaire au clair », avertit-il.
À Kaolack, cette affaire alimente désormais toutes les discussions politiques. Ce meeting qui devait symboliser la puissance organisationnelle de la Coalition Diomaye Président s’est finalement transformé en révélateur de profondes fractures internes.
Entre accusations de promesses non tenues, guerre de leadership, frustrations financières et crise de confiance, plusieurs militants s’interrogent désormais ouvertement sur l’avenir de cette coalition politique.
Une chose est certaine : après Mbour, les tensions internes ne peuvent plus être cachées.
Mamadou Camara
Journaliste – Camou Communication Kaolack
