Au Sénégal, le contexte politique connaît une profonde mutation. Les anciens politiciens de la vieille génération partagent désormais le landerneau politique avec une nouvelle génération composée de cadres, de jeunes intellectuels et d’étudiants formés aux réalités contemporaines.
Autrefois, certains leaders politiques étaient considérés comme de véritables mythes. Ils disposaient d’un poids électoral considérable, surtout auprès des masses rurales et d’une population largement illettrée. Le culte du leader dominait souvent le débat politique, au détriment des idées et des programmes.
Mais aujourd’hui, la société sénégalaise a changé. Les enfants d’hier ont grandi. Beaucoup sont devenus étudiants, enseignants, cadres, journalistes ou entrepreneurs. Grâce à l’éducation et à l’accès à l’information, cette nouvelle génération a contribué à éveiller les consciences au sein des familles et dans les différentes contrées du pays.
Désormais, on voit de moins en moins des mères et des pères de famille porter des tissus à l’effigie d’un leader politique considéré comme un “roi”. Les anciennes pratiques fondées sur le folklore politique, l’achat de conscience ou la distribution de miettes d’argent pour convaincre l’électorat perdent progressivement de leur influence. Cette culture politique est aujourd’hui démystifiée par une jeunesse plus instruite, plus critique et plus exigeante.
À présent, un leader politique qui veut convaincre doit être intellectuellement outillé. Il doit maîtriser les enjeux liés à la géopolitique, au pétrole, au gaz, aux ressources naturelles, à la bonne gouvernance ainsi qu’à la transparence dans la gestion des biens publics. Les citoyens attendent désormais des débats d’idées sérieux, centrés sur le développement, l’emploi, l’éducation, la souveraineté économique et la consolidation de la démocratie.
Celui qui ne peut pas participer à ces débats de fond risque d’être laissé en rade face à l’émergence d’une nouvelle génération politique plus consciente et plus informée.
Cependant, la présence des anciens politiciens dans l’espace politique ne doit pas être perçue comme un obstacle en soi. Leur expérience peut être utile, à condition qu’ils acceptent l’évolution des mentalités, le renouvellement des pratiques et l’exigence démocratique imposée par les nouvelles générations. La démocratie se renforce lorsque l’expérience et le renouveau coexistent dans le respect des idées, des compétences et de l’intérêt national.
Mamadou Camara
Journaliste — Kaolack
