Le paysage politique sénégalais connaît aujourd’hui de profondes mutations. Dans plusieurs formations politiques, de nouvelles méthodes de gouvernance interne émergent, fondées sur la participation des militants, la concertation et la prise en compte des avis de la base. Cette évolution constitue une avancée démocratique importante dans la vie des partis.
Cependant, dans d’autres organisations, les anciennes pratiques demeurent. Le fonctionnement repose encore essentiellement sur la générosité du leader ou de quelques responsables locaux qui financent presque toutes les activités politiques. Les militants attendent souvent que le mentor politique prenne en charge les réunions, les déplacements, les cérémonies sociales, les soutiens ponctuels et même certaines urgences personnelles.
Cette situation a malheureusement favorisé l’émergence de comportements opportunistes. Certains intermédiaires, profitant de la confiance que leur accordent les responsables, gonflent les dépenses liées à l’organisation des activités politiques ou présentent des bilans financiers peu transparents. D’autres réduisent les sommes destinées à des actions sociales, comme les condoléances ou les aides aux familles, tout en affirmant avoir exécuté fidèlement les instructions reçues.
Autour de certains responsables politiques se développent également des cercles d’influence dont l’objectif n’est pas toujours le renforcement du parti. Ces groupes s’emploient parfois à dénigrer, diaboliser ou discréditer des militants jugés trop influents ou trop proches du leader. La création de clans et de lobbies internes devient alors un moyen de préserver des privilèges, de contrôler les ressources et d’écarter toute concurrence.
Ces pratiques fragilisent la cohésion des formations politiques et alimentent la méfiance entre responsables et militants. Elles détournent également les partis de leur vocation première : servir un projet politique au bénéfice des citoyens.
Dans de nombreux pays, les militants participent eux-mêmes au financement du fonctionnement de leur parti à travers des cotisations régulières et des contributions volontaires. Cette implication renforce leur sentiment d’appartenance et leur responsabilité dans la gestion de l’organisation. Un parti politique ne peut durablement dépendre d’un seul homme, aussi généreux soit-il.
Les militants et sympathisants doivent être considérés comme de véritables acteurs de la vie du parti, avec leur dignité, leur responsabilité et leur devoir de contribuer à son développement. De leur côté, les responsables politiques doivent promouvoir davantage de transparence, de reddition des comptes et de contrôle interne afin d’éviter les abus.
L’heure est venue de tourner la page des pratiques fondées sur les intrigues, les manipulations et les intérêts personnels. La politique gagnerait en crédibilité si chacun privilégiait l’engagement sincère, l’éthique et l’intérêt collectif plutôt que les calculs de court terme.
La confiance est un capital précieux. Lorsqu’elle est trahie par ceux qui prétendent servir un leader ou une organisation, c’est toute la famille politique qui en paie le prix.
Mamadou Camara
Journaliste – Kaolack
