Depuis quelque temps , la presse sénégalaise fait face à une situation préoccupante. Des journalistes, chroniqueurs et autres acteurs des médias sont régulièrement convoqués par la Division spéciale de cybersécurité ou poursuivis pour diffusion de fausses nouvelles, diffamation et diverses infractions liées à l’exercice de la profession.
À l’époque des doyens tels que Bacary Domingo Mané, Ibrahima Bakhoum, feu Ibrahima Fall, Mbaye Sidy Mbaye, Martin Faye, Babacar Touré ou encore Abdoulaye Ndiaga Sylla, les convocations de journalistes pour de tels faits étaient beaucoup plus rares. Ces hommes de presse maîtrisaient leur métier, respectaient l’éthique et la déontologie et exerçaient leur profession avec rigueur et professionnalisme.
Aujourd’hui, le paysage médiatique semble connaître une profonde mutation. Des amateurs, des journalistes autodidactes et des analystes politiques sans réelle formation occupent souvent le devant de la scène médiatique. Certains peinent même à maîtriser les règles élémentaires de l’écriture et de la communication, mais bénéficient pourtant d’une visibilité considérable.
Le plus regrettable est que, dans de nombreuses rédactions, des journalistes diplômés du CESTI et d’autres écoles de journalisme reconnues sont relégués au second plan. Des professionnels compétents, capables de produire un travail de qualité et de tenir une antenne avec professionnalisme, sont parfois mis à l’écart au profit d’intervenants davantage préoccupés par le buzz, la manipulation ou les polémiques.
Dans chaque métier, la dignité professionnelle doit demeurer une valeur fondamentale. Beaucoup de journalistes qualifiés assistent aujourd’hui avec gêne à certaines dérives qui ternissent l’image de leur corporation. Si rien n’est fait pour redresser la situation, la profession risque de perdre davantage sa crédibilité.
Le phénomène est également visible dans les régions. Lors des cérémonies et événements publics, de nombreux jeunes se présentent comme journalistes alors qu’ils ne disposent ni de carte nationale de presse ni d’une quelconque reconnaissance professionnelle. Cette usurpation de titre contribue à entretenir la confusion dans l’esprit du public.
Il est temps que les autorités compétentes, les organes de régulation, les responsables de médias, les organisations professionnelles et les doyens de la presse conjuguent leurs efforts pour assainir le secteur. On ne peut construire une nation forte sur la base de la médiocrité médiatique, où chacun peut se réveiller un matin et se proclamer journaliste sans qualification ni compétence.
Les nombreuses convocations et incarcérations observées ces dernières années trouvent en partie leur origine dans cette dégradation des standards professionnels. Pourtant, l’opinion continue souvent à considérer ces personnes comme des journalistes alors qu’elles sont parfois très éloignées des exigences du métier.
Travailler dans un organe de presse ne signifie pas automatiquement être journaliste. Certains employés exerçant des fonctions administratives, techniques ou logistiques s’attribuent parfois ce titre devant le public. Une telle pratique constitue une forme de tromperie qui nuit à l’image de toute la profession.
La nouvelle génération mérite un meilleur encadrement. Elle a besoin de modèles, de formation et d’accompagnement afin de participer pleinement à la construction nationale. Car aucune démocratie ne peut prospérer durablement sans une presse libre, crédible, responsable et professionnelle.
Face aux dérives observées sur certains réseaux sociaux et dans une partie de la presse, il devient urgent de freiner certains comportements et agissements volontaires qui fragilisent le débat public. Si des mesures appropriées ne sont pas prises, l’avenir de notre démocratie pourrait s’assombrir.
Sauver la presse sénégalaise, c’est aussi préserver l’une des principales garanties de notre démocratie.
Mamadou Camara
Journaliste-Communicant
Kaolack
