La déclaration de Me Abdoulaye Tine selon laquelle une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale serait un « pari risqué » pour le président Bassirou Diomaye Faye peut être interprétée sous plusieurs angles politiques et communicationnels.
Sur le plan politique, qualifier une dissolution de « pari risqué » n’est pas nécessairement une critique du chef de l’État. C’est avant tout une reconnaissance des incertitudes liées à une telle décision. Une dissolution ne garantit jamais automatiquement une majorité parlementaire favorable au pouvoir. Les électeurs peuvent confirmer le camp présidentiel, mais ils peuvent aussi renforcer l’opposition ou produire un résultat plus complexe. En ce sens, Abdoulaye Tine semble souligner le caractère imprévisible de l’exercice démocratique.
Cependant, le choix des mots interpelle. En affirmant que le risque est porté par « Diomaye », il personnalise la responsabilité politique de cette éventuelle décision. Dans les systèmes où l’action gouvernementale est portée par une coalition, certains observateurs auraient préféré une formulation plus collective, du type : « C’est un pari risqué pour notre coalition » ou « pour la majorité qui soutient le projet de transformation ». Une telle formulation aurait davantage mis en avant la solidarité politique autour du président.
Cette individualisation peut donner l’impression que le risque appartient au seul chef de l’État, tandis que les autres acteurs de la coalition se placent en observateurs plutôt qu’en copropriétaires de la décision. C’est probablement ce qui suscite le débat.
Pour autant, parler d’erreur de communication serait excessif. Dans le langage politique, il est courant d’associer une décision majeure à celui qui détient le pouvoir constitutionnel de la prendre. Or, la dissolution est une prérogative présidentielle. Abdoulaye Tine a donc pu vouloir rappeler que la décision finale relève du président et que celui-ci en assumera les conséquences politiques.
Néanmoins, d’un point de vue stratégique, cette communication présente une faiblesse. En période de fortes attentes politiques, les soutiens du pouvoir sont généralement attendus sur un discours collectif et mobilisateur. En insistant sur le risque pour « Diomaye », Abdoulaye Tine ouvre involontairement la porte à une lecture selon laquelle certains alliés chercheraient déjà à se démarquer d’un éventuel échec.
La véritable question est donc moins de savoir s’il soutient ou non le président que de comprendre pourquoi il a privilégié une formulation personnalisée plutôt qu’une formulation collective. Dans un contexte politique sensible, les mots ont un poids considérable et peuvent être interprétés comme des signaux de prudence, voire de prise de distance.
Lecture politique : Abdoulaye Tine n’a probablement pas voulu désavouer Diomaye Faye. Mais en parlant d’un risque pour le seul président plutôt que pour l’ensemble de la coalition au pouvoir, il a créé une ambiguïté politique qui nourrit les interrogations sur le degré de solidarité affiché par les responsables de la mouvance présidentielle. Cette ambiguïté peut être considérée comme une maladresse de communication plus que comme une rupture politique.
Mamadou Camara Journaliste- Communicant
Kaolack
