La déclaration politique d’Alassane Ndoye semble avoir provoqué un véritable séisme au sein du mouvement syndical des transports. Onze syndicats membres du front syndical ont récemment fait face à la presse pour exprimer leur indignation et prendre leurs distances avec une position qui, visiblement, ne fait plus l’unanimité dans les rangs des transporteurs.
Cette sortie collective marque-t-elle le début d’une recomposition profonde du paysage syndical dans le secteur des transports urbains et interurbains ? Tout porte à le croire. La fissure est désormais visible et pourrait, si elle persiste, conduire à une division durable d’une corporation déjà confrontée à de nombreuses difficultés.
Sur le terrain, notamment dans les gares routières urbaines et interurbaines, les commentaires vont bon train. La déclaration d’Alassane Ndoye alimente les discussions, suscite des interrogations et nourrit une polémique qui dépasse désormais les cercles syndicaux.
Chez certains conducteurs de taxis urbains interpellés sur la question, la déception est manifeste. « Il nous a déçus. Nous avons compris et nous l’attendons de pied ferme. Nous ne sommes pas des marchandises », martèlent certains d’entre eux.
Au-delà de la polémique, c’est surtout la question de la représentativité qui se pose désormais. Peut-on continuer à parler au nom d’une corporation lorsque celle-ci se trouve profondément divisée sur les orientations de son principal responsable ? La légitimité syndicale ne repose pas uniquement sur un titre ou une ancienneté : elle se nourrit de la confiance de la base.
Alassane Ndoye pourrait ainsi se retrouver face à un défi majeur : reconquérir la confiance d’une partie des transporteurs ou accepter l’émergence de nouvelles figures syndicales. Si la contestation se poursuit et s’organise, son avenir en tant que responsable national pourrait sérieusement être remis en cause.
Mais cette crise doit surtout interpeller l’ensemble des acteurs du secteur. Le transport est un maillon essentiel de l’économie nationale et de la mobilité des Sénégalais. Une guerre interne entre organisations syndicales ne ferait que fragiliser davantage les chauffeurs, les transporteurs et les usagers.
L’heure est donc à la responsabilité. Les divergences politiques ou syndicales ne doivent pas transformer les gares routières en champs de bataille. La corporation a besoin de dialogue, d’unité et de représentants capables de défendre ses intérêts sans confondre engagement syndical et positionnement politique.
La crise actuelle pourrait être une simple tempête passagère. Mais elle pourrait aussi marquer un tournant historique dans le syndicalisme des transports au Sénégal.
Mamadou Camara, Journaliste
Camou Communication
Kaolack
