Au Sénégal, le secteur de la pêche traverse une période charnière. Pêcheurs artisans, mareyeurs, transformateurs, industriels et autres professionnels de la filière sont confrontés à des difficultés multiples qui affectent leurs activités, leurs revenus et, au-delà, l’approvisionnement des marchés en produits halieutiques.
À Kaolack comme dans plusieurs autres zones du pays, les acteurs demandent davantage d’accompagnement, de moyens et surtout une meilleure organisation de la filière. Lors d’un point de presse tenu récemment au marché central au poisson de Kaolack, le président de l’Union nationale des mareyeurs du Sénégal et coordonnateur régional du Comité local de pêche artisanale (CLPA), Pape Ibrahima Diaw, a salué les efforts engagés par la tutelle tout en soulignant la persistance de plusieurs difficultés.
Pêche artisanale : équipements, sécurité et accès à la ressource
La pêche artisanale demeure au cœur des préoccupations. Les professionnels font face notamment à la pression exercée sur les ressources halieutiques, à l’insuffisance des infrastructures, aux conditions parfois difficiles de débarquement, de conservation et de commercialisation ainsi qu’aux problèmes liés à la sécurité en mer.
La modernisation des équipements, l’amélioration des infrastructures de débarquement, la conservation du poisson et l’accès au financement constituent donc des attentes fortes des communautés de pêcheurs.
À cela s’ajoute la nécessité de mieux encadrer les activités connexes, notamment le mareyage et la transformation artisanale, afin de garantir davantage de qualité, d’hygiène et de valeur ajoutée aux produits.
Mareyage et transformation : le défi de la conservation
Pour les mareyeurs et les acteurs de la transformation, la conservation demeure un enjeu majeur. La disponibilité d’infrastructures frigorifiques adaptées peut permettre de réduire les pertes, d’améliorer la qualité des produits et de faciliter leur commercialisation.
À Kaolack, l’ouverture du complexe frigorifique du marché central au poisson est ainsi considérée comme une avancée importante par les professionnels. Pape Ibrahima Diaw a salué cette réalisation ainsi que les concertations engagées par la tutelle avec les différentes familles d’acteurs.
Mais les besoins restent importants : équipements modernes, chambres froides, amélioration des conditions sanitaires, transport adapté, accès au financement et structuration des circuits de commercialisation.
Licences de pêche : une question devenue hautement sensible
L’autre dossier majeur concerne la pêche industrielle et l’attribution des licences.
La question de l’ouverture de nouvelles possibilités d’exploitation de certaines ressources démersales a suscité de vifs débats entre pêcheurs artisans, industriels, mareyeurs, experts et autorités. Face aux préoccupations exprimées sur l’état des ressources, les autorités ont décidé de privilégier une évaluation scientifique avant toute nouvelle décision.
Cette question prend une dimension supplémentaire avec la proposition, déposée en août 2026 à l’Assemblée nationale, de créer une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de délivrance et de renouvellement des licences de pêche industrielle. Le texte évoque notamment des interrogations relatives aux procédures d’attribution, aux certificats de navigabilité, aux données scientifiques et au fonctionnement de la Commission consultative d’attribution des licences de pêche.
Pour de nombreux acteurs, l’enjeu dépasse donc la seule question des licences : il s’agit de préserver une ressource nationale menacée par la surexploitation et de garantir un accès équitable aux ressources halieutiques.
Les principales difficultés identifiées
Les préoccupations exprimées par les professionnels peuvent être regroupées autour de plusieurs points :
la raréfaction et la pression croissante sur certaines ressources halieutiques ;
les inquiétudes liées à l’attribution des licences de pêche industrielle ;
l’insuffisance ou la vétusté de certaines infrastructures de débarquement et de conservation ;
les difficultés d’accès au financement et aux équipements modernes ;
les problèmes de sécurité des pêcheurs en mer ;
les conditions parfois difficiles de transport et de commercialisation du poisson ;
les besoins de modernisation de la transformation artisanale ;
les exigences sanitaires et de qualité des produits ;
l’encadrement encore perfectible de certaines activités connexes ;
la nécessité d’une meilleure coordination entre les différentes familles d’acteurs.
Certaines de ces contraintes sont anciennes et figurent déjà dans les documents stratégiques du secteur, notamment l’insuffisance des infrastructures, les difficultés de mise aux normes de l’amont de la filière, l’hygiène des sites de transformation et la nécessité de renforcer le contrôle et la régulation.
La réponse de la tutelle : dialogue, transparence et modernisation
Face à ces défis, le ministère des Pêches et de l’Économie maritime entend mettre l’accent sur le dialogue avec les professionnels, la modernisation du secteur et la gestion durable des ressources.
Lors du Conseil des ministres du 17 juin 2026, le président de la République a demandé le renforcement du dialogue avec les acteurs pour redynamiser la pêche artisanale, une régulation accrue de la pêche industrielle, davantage de transparence dans les systèmes d’exploitation des ressources et la poursuite du développement de l’aquaculture. Il a également demandé la préparation de concertations nationales sur l’économie bleue.
La tutelle mise ainsi sur plusieurs leviers : moderniser les infrastructures, améliorer l’accès au financement, valoriser les produits halieutiques, renforcer la surveillance et promouvoir une exploitation durable des ressources. Ces orientations figurent également parmi les principaux axes actuellement affichés par le ministère.
Pour une nouvelle alliance entre l’État et les professionnels
La crise actuelle du secteur de la pêche appelle surtout une réponse collective. L’État, les organisations professionnelles, les pêcheurs, mareyeurs, transformateurs, industriels, chercheurs et collectivités territoriales doivent pouvoir travailler autour d’une même table.
La concertation engagée par la tutelle constitue, à cet égard, une première étape. Les professionnels souhaitent désormais que les discussions débouchent sur des mesures concrètes, adaptées aux réalités du terrain.
À Kaolack, les acteurs saluent déjà certains efforts, notamment la mise en service du complexe frigorifique du marché central au poisson. Ils demandent cependant que cette dynamique soit poursuivie et élargie aux autres maillons de la chaîne.
L’enjeu est considérable : préserver la ressource, protéger les emplois, améliorer les revenus des professionnels et garantir au consommateur sénégalais un accès durable à des produits halieutiques de qualité.
La pêche sénégalaise ne demande donc pas seulement des mesures ponctuelles. Elle attend une véritable politique de transformation du secteur, fondée sur la transparence, la science, la concertation et la valorisation de la ressource nationale.
Mamadou Camara – Journaliste
Camou Communication – Kaolack
