Transhumance politique au Sénégal : quand certains changent de camp comme de chemise , que reste- t-il de leur dignité ? Éditorial-Mamadou Camara-Journaliste-Kaolack

*

La politique sénégalaise donne parfois le triste spectacle d’une course effrénée vers les positions, les privilèges et les avantages. Au fil des années, la transhumance est devenue une pratique tellement banalisée que certains acteurs semblent avoir oublié une chose essentielle : en politique comme dans la vie, la dignité ne devrait jamais être négociable.

Hier, ils étaient parmi les plus fervents défenseurs du président Macky Sall. Ils chantaient ses louanges, défendaient son bilan, portaient haut les couleurs de l’Alliance pour la République (APR) et dénonçaient avec vigueur ceux qui s’opposaient à lui.

Aujourd’hui, silence radio.

Certains ne prononcent même plus le nom de celui qu’ils présentaient hier comme leur mentor politique. D’autres ont déjà rejoint de nouvelles formations, créé des mouvements ou pris leurs distances, donnant parfois l’impression que la fidélité politique ne dure que le temps d’un mandat ou d’une nomination.

Quelle drôle de conception de l’engagement !

La question mérite d’être posée : est-on réellement à l’aise lorsqu’on tourne aussi facilement le dos à ceux avec lesquels on a cheminé pendant des années ?

Comment regarder demain dans les yeux celui dont on défendait hier les idées, les orientations et l’action politique ? Comment expliquer à ses proches, à ses militants et à ses propres enfants ces changements successifs de position ?

La politique peut évoluer. Les convictions peuvent être réévaluées. Un citoyen a parfaitement le droit de changer d’opinion et même de parti.

Mais entre changer d’opinion par conviction et changer de camp par intérêt, il existe une différence fondamentale.

C’est précisément là que se trouve le problème de la transhumance politique.

Quand la fidélité devient une valeur rare

Il existe pourtant au Sénégal des femmes et des hommes qui ont choisi une autre voie : celle de la constance, de la loyauté et de la dignité.

Au sein même de l’APR, certaines personnalités ont continué à assumer leur proximité et leur fidélité à Macky Sall, malgré les difficultés politiques et les vents contraires.

Madame Mariama Sarr fait partie de ces figures que ses soutiens présentent comme attachées à la fidélité et à la constance. Elle n’est certainement pas la seule.

D’autres responsables, militants et compagnons de route ont préféré prendre leurs distances avec le landerneau politique plutôt que de rejoindre précipitamment un nouveau camp dans l’espoir d’obtenir une position.

Ils ont peut-être perdu des postes, mais ils ont préservé quelque chose de plus précieux : leur crédibilité.

Car la politique passe. Les fonctions passent. Les régimes passent. Les nominations passent.

La réputation, elle, reste.

De l’APR aux nouveaux mouvements : simple liberté ou transhumance déguisée ?

Il y a également ceux qui quittent leur formation politique pour créer leur propre mouvement.

Créer un mouvement est un droit parfaitement légitime dans une démocratie. Mais lorsque cette démarche intervient dans un contexte où l’objectif semble être de se rapprocher progressivement du pouvoir en place, une question demeure : s’agit-il réellement d’une nouvelle aventure politique ou d’une transhumance préparée autrement ?

Les Sénégalais ne sont pas dupes.

Ils observent.

Ils comparent les discours d’hier à ceux d’aujourd’hui. Ils se souviennent de ceux qui étaient aux premières lignes lorsque leur mentor était au pouvoir et qui, dès que les circonstances ont changé, ont disparu des tribunes ou se sont découvert de nouvelles convictions.

Le plus surprenant est parfois de constater que certains ne prennent même plus la peine de rendre hommage à ceux avec lesquels ils ont construit leur carrière politique.

Oublier son passé politique n’efface pourtant pas son histoire.

Et les journalistes, chroniqueurs et activistes ?

Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement les responsables politiques.

Des journalistes, chroniqueurs, activistes et commentateurs qui défendaient hier avec force Macky Sall, son régime ou certaines de ses orientations sont aujourd’hui beaucoup plus discrets, voire engagés dans d’autres combats.

Là encore, la liberté de conscience et le droit de changer d’analyse doivent être respectés.

Mais le débat devient légitime lorsqu’un changement de position paraît coïncider systématiquement avec les nouveaux rapports de force politiques.

La liberté d’opinion est respectable. L’opportunisme, lui, mérite d’être interrogé.

Que dit le Coran sur la trahison ?

Le Coran condamne fermement la trahison des engagements et de la confiance.

Allah dit dans la sourate Al-Anfâl, verset 27 :

« Ô vous qui croyez ! Ne trahissez pas Allah et le Messager, et ne trahissez pas sciemment vos dépôts. »

Ce rappel dépasse largement le seul champ politique : il renvoie à la responsabilité morale de celui qui reçoit une confiance et qui doit la respecter.

En politique également, les engagements pris devant les militants, les compagnons de route et les citoyens devraient être considérés avec sérieux.

La dignité avant les postes

À ceux qui ont accompagné Macky Sall pendant de longues années, la question n’est pas de leur demander de rester éternellement dans un parti.

La démocratie permet le désaccord.

La politique permet la rupture.

Mais même lorsqu’on décide de partir, on peut partir avec élégance, sans renier son histoire, sans insulter son passé et sans effacer ceux qui ont contribué à son ascension.

Certains responsables ont choisi de quitter le champ politique plutôt que de transhumer immédiatement.

C’est peut-être cela, au fond, la véritable grandeur politique : savoir partir lorsque les circonstances l’exigent sans vendre ses convictions au plus offrant.

Car celui qui trahit son ancien camp pour obtenir des avantages peut également donner à son nouveau camp une raison de s’interroger :

Si tu as pu abandonner ceux avec lesquels tu as cheminé pendant des années, qu’est-ce qui nous garantit que tu ne nous abandonneras pas demain ?

Voilà le véritable problème de la transhumance.

Elle ne détruit pas seulement les partis politiques.

Elle détruit progressivement la confiance.

Et sans confiance, il ne peut y avoir de démocratie solide.

Le Sénégal a besoin d’hommes et de femmes politiques capables de défendre leurs convictions, d’assumer leurs choix, de reconnaître leurs erreurs et de rester dignes dans la victoire comme dans la défaite.

Parce que les postes passent.

Les privilèges passent.

Les gouvernements passent.

Les partis peuvent disparaître.

Mais la dignité, lorsqu’elle est perdue, est beaucoup plus difficile à reconquérir.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

chevron_left
chevron_right

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaire
Nom
E-mail
Site