Kasnack : le vieux quartier de Kaolack où l’histoire côtoie les défis de l’avenir De l'ancien lieu d'abreuvement du bétail au quartier emblématique : Kasnack, une terre de mémoire , de culture et de savoir

KAOLACK — À Kaolack, certains quartiers ne sont pas de simples espaces d’habitation. Ils portent en eux des pans entiers de l’histoire de la ville. Kasnack est de ceux-là.

Quartier ancien, situé dans la partie centrale de Kaolack et à proximité de plusieurs quartiers historiques, Kasnack s’est progressivement imposé comme l’un des grands pôles urbains de la cité du Saloum. Les documents consacrés à l’évolution de Kaolack classent Kasnack parmi les quartiers qui se sont développés autour du noyau originel de Léona, notamment au cours de la première moitié du XXe siècle.

Kasnack : que signifie réellement ce nom ?

L’origine du nom « Kasnack » est particulièrement intéressante.

Selon une étude consacrée à l’histoire et au patrimoine culturel de Kaolack, le nom serait issu du lexique niominka. Il serait formé de « kas », qui signifie puits, et « nack », qui renvoie à la vache. Kasnack aurait ainsi été identifié à l’origine comme le lieu où le bétail venait s’abreuver.

Cette explication donne au nom du quartier une forte dimension historique : le puits constituait alors un élément essentiel de la vie quotidienne et de l’organisation des anciens établissements humains.

Mais une question demeure : qui a donné précisément ce nom au lieu ?

Les sources historiques disponibles ne permettent pas d’attribuer avec certitude la dénomination à une personne précise. Il serait donc imprudent de citer un « inventeur » du nom sans témoignage oral ancien ou document d’archives venant l’attester. L’hypothèse la plus solide est que l’appellation s’est imposée progressivement dans l’usage populaire en référence à la fonction du lieu.

Un quartier au cœur de l’évolution de Kaolack

Kasnack appartient à cette première couronne de quartiers qui ont accompagné l’expansion de Kaolack autour de Léona et du centre-ville.

Avec l’essor économique de la ville, notamment lié au commerce de l’arachide, au développement du port et à l’arrivée du chemin de fer, Kaolack a attiré des populations venues de différentes régions. Kasnack, comme Kasaville, Dialègne, Ndar Gou Ndaw et Médina Mbaba, a participé à cette densification urbaine.

Le quartier est ainsi devenu un véritable creuset social. On y retrouve des familles anciennes installées depuis plusieurs générations, mais aussi des populations venues d’horizons différents au gré des migrations économiques et de l’évolution de la ville.

Kasnack, une terre de diversité et de solidarité

La population de Kasnack est à l’image de Kaolack : diverse, dynamique et profondément attachée à son quartier.

Wolofs, Sérères, Peuls, Toucouleurs et autres communautés y vivent dans une proximité qui a contribué à forger une identité locale particulière.

Cette diversité se manifeste dans les familles, les lieux de culte, les associations, les activités commerciales, mais également dans la vie culturelle et sportive.

L’histoire de l’Association culturelle et sportive Magg Daan de Kasnack, fondée en 1977, illustre parfaitement cette capacité du quartier à produire de l’engagement collectif. Pendant près d’un demi-siècle, l’association a participé à l’encadrement de la jeunesse à travers le sport, le théâtre, l’éducation, la culture et les initiatives sociales.

Un quartier qui a produit des générations de cadres et d’intellectuels

Kasnack ne s’est pas seulement distingué par son ancienneté. Il est également connu pour avoir vu grandir plusieurs générations de cadres, d’enseignants, de magistrats, de techniciens, d’entrepreneurs et d’acteurs de la vie publique.

Parmi les personnalités associées au quartier figure notamment Alioune Ndao, ancien magistrat et procureur spécial, dont l’enfance et les attaches familiales à Kasnack ont été évoquées dans la presse.

On peut également citer Lamine Niang, présenté comme originaire de Kasnack-Kasaville et devenu cadre et expert dans le domaine de l’urbanisme.

L’histoire éducative du quartier est elle-même ancienne. Des documents administratifs de l’époque coloniale mentionnent déjà des enseignants affectés à l’école de Kasnack dans les années 1940, témoignant de l’existence d’une activité scolaire structurée dans le quartier depuis plusieurs décennies.

Cette tradition de formation explique en partie pourquoi Kasnack a longtemps été considéré comme un quartier où l’éducation, la culture et l’engagement citoyen occupent une place importante.

Une position géographique stratégique

Kasnack bénéficie d’une position particulièrement intéressante dans la ville.

Le quartier se situe dans la partie centrale de Kaolack, dans un espace proche du cœur économique et administratif de la commune. Les documents d’urbanisme et d’études urbaines placent notamment Kasnack dans le secteur comprenant Bongré, Peulga, Kasnack et Koundam.

Cette situation constitue un avantage considérable pour ses habitants : proximité des commerces, des services, des établissements scolaires, des structures sanitaires et des principaux axes de circulation.

Kasnack abrite également un centre de santé, élément important dans l’organisation sanitaire de la ville.

Mais derrière cette image de quartier historique, un autre visage apparaît

Kasnack reste confronté à des difficultés importantes.

Le principal problème demeure l’assainissement.

Depuis plusieurs années, des habitants dénoncent les défaillances du réseau d’évacuation des eaux usées. En janvier 2023, des populations du quartier étaient même sorties pour protester contre la présence prolongée des eaux usées dans les rues et réclamer la rénovation du réseau ainsi que des moyens d’intervention supplémentaires.

Et le problème ne concerne pas uniquement les eaux usées.

Pendant l’hivernage, les eaux stagnantes compliquent la vie des habitants

Lorsque les pluies deviennent abondantes, certaines rues et ruelles de Kasnack connaissent des difficultés d’évacuation des eaux.

La configuration de Kaolack explique en partie cette vulnérabilité. La ville est installée sur un territoire marqué par de faibles pentes, des zones basses et la présence de terres de type tannes, avec des difficultés naturelles pour le drainage des eaux pluviales.

À Kasnack, cette situation se traduit par des eaux stagnantes, des égouts qui peuvent déborder ou se boucher et des fosses septiques qui peinent à fonctionner normalement.

En août 2026 encore, des situations d’eaux stagnantes et d’eaux usées ont été signalées dans la zone Kasnack-Tabaya-Passoire, illustrant le caractère récurrent du problème pendant l’hivernage.

Les habitants ne réclament donc pas seulement des interventions ponctuelles. Ils souhaitent des solutions structurelles : réhabilitation du réseau d’assainissement, entretien régulier des canalisations, drainage efficace des eaux pluviales et renforcement des moyens techniques.

Des infrastructures qui doivent suivre l’évolution du quartier

Kasnack a bénéficié et continue de bénéficier d’initiatives d’amélioration du cadre de vie.

En mai 2026, la place publique du quartier a notamment été réhabilitée dans le cadre du programme « Taaral Saloum ». La place porte désormais le nom de Lamine Ka, ancien directeur régional de l’urbanisme, en hommage à son engagement dans l’aménagement urbain.

Cette réalisation constitue un signal positif.

Mais pour les habitants, l’embellissement ne peut être durable que s’il est accompagné d’investissements dans les réseaux, les routes, l’éclairage, la gestion des eaux et l’entretien permanent des espaces publics.

Kasnack, un quartier à préserver et à transmettre

Kasnack est finalement le reflet des contradictions de Kaolack.

Un quartier ancien, riche de son histoire.

Un quartier populaire, mais également une pépinière de cadres et d’intellectuels.

Un quartier culturellement dynamique, mais confronté à des problèmes d’assainissement.

Un quartier proche du cœur de la ville, mais qui attend encore des infrastructures à la hauteur de son importance.

Son nom, qui renvoie probablement à l’ancien point d’eau destiné au bétail, rappelle une époque où les puits structuraient la vie des populations.

Aujourd’hui, le défi est différent : faire de Kasnack un quartier moderne sans effacer son identité historique.

La mémoire des anciens, les archives, les témoignages des familles et les récits des générations actuelles mériteraient d’être réunis dans un véritable travail de mémoire afin que les jeunes générations sachent d’où vient Kasnack, qui furent ses pionniers et comment le quartier a contribué à construire l’histoire de Kaolack.

Kasnack n’est donc pas seulement un quartier. C’est une mémoire vivante de Kaolack.

Mamadou Camara – Journaliste

Camou Communication

Kaolack

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