Dette du Sénégal : l’accord du FMI ne suffit pas encore à sortir de la crise

Le Sénégal reste confronté à une situation financière particulièrement tendue, malgré l’accord conclu le 1er septembre 2026 entre les autorités sénégalaises et les services du Fonds monétaire international (FMI). Cet accord technique, portant sur un programme d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, doit encore franchir plusieurs étapes avant sa mise en œuvre effective.

À ce stade, l’accord ne réduit pas directement le stock de dette du Sénégal. Il vise surtout à restaurer la confiance, à encadrer la gestion des finances publiques et à ouvrir la voie à de nouveaux financements concessionnels.

Une dette qui reste sous forte pression

La situation s’est considérablement dégradée après la réévaluation des comptes publics. La Cour des comptes avait notamment estimé le déficit budgétaire de 2023 à 12,3 % du PIB, contre 4,9 % précédemment annoncé. Selon les données citées dans l’analyse publiée par The Conversation, la dette de l’administration centrale aurait atteint près de 119 % du PIB fin 2024, et environ 132 % pour l’ensemble du secteur public.

Cette situation place désormais la gestion de la dette au cœur des priorités économiques du pays.

Le Sénégal doit en particulier faire face à d’importants besoins de refinancement. Une part majeure des ressources recherchées sert à rembourser des emprunts arrivant à échéance. Autrement dit, une grande partie des nouveaux financements ne sert pas directement à financer de nouvelles dépenses, mais à assurer le remboursement d’engagements antérieurs.

Deux marchés, deux perceptions du risque

Le contraste entre le marché régional et le marché international illustre également les difficultés actuelles.

Le 11 septembre, le Trésor sénégalais a levé 101,3 milliards de francs CFA sur le marché régional, à un taux de 7,89 % sur cinq ans. Dans le même temps, les obligations internationales du Sénégal se négociaient à des niveaux traduisant une forte défiance des investisseurs.

Cette différence s’explique notamment par la structure du marché financier de l’UEMOA, où les banques détiennent une part importante des titres publics. Le traitement prudentiel réservé aux obligations souveraines en francs CFA contribue à maintenir le financement régional, mais ne fait pas disparaître le risque lié à la dette.

Le véritable défi : restaurer durablement la confiance

Pour le Sénégal, le principal enjeu dépasse donc la seule conclusion d’un accord avec le FMI. Il s’agit désormais de démontrer que les finances publiques peuvent être durablement assainies et que la trajectoire d’endettement peut être maîtrisée.

Le gouvernement devra notamment améliorer la transparence des comptes publics, renforcer les recettes fiscales, mieux contrôler les dépenses, apurer les arriérés de l’État et préserver les investissements indispensables à la croissance.

La question d’un éventuel reprofilage ou traitement de la dette demeure également déterminante. Si les difficultés sont essentiellement liées à la liquidité, un allongement des échéances pourrait apporter une marge de manœuvre. Si elles relèvent davantage de la solvabilité, une opération plus profonde pourrait devenir nécessaire.

Une croissance sous contrainte

La dette intervient également dans un contexte de croissance économique contrastée. L’exploitation des hydrocarbures a contribué à soutenir fortement la croissance en 2025, mais l’activité hors pétrole et gaz reste confrontée à davantage de difficultés.

La consolidation budgétaire exigée par la situation financière pourrait, à court terme, peser sur l’activité économique et l’investissement. Le défi pour les autorités sera donc de réduire les déséquilibres sans compromettre les secteurs capables de créer durablement des emplois et des revenus.

La situation des banques constitue également un point de vigilance. Leur exposition importante aux titres publics signifie qu’une dégradation prolongée de la situation financière de l’État pourrait avoir des répercussions sur le financement de l’économie privée.

Quelles marges de manœuvre ?

Plusieurs leviers restent disponibles : élargissement de l’assiette fiscale, réduction des exonérations inefficaces, meilleure maîtrise des dépenses publiques, protection des investissements prioritaires et amélioration du recouvrement des recettes.

Les revenus issus du pétrole et du gaz pourraient également être davantage encadrés afin d’éviter qu’une hausse temporaire des recettes ne se transforme en augmentation durable des dépenses courantes.

La révision de la base du PIB, qui augmente mécaniquement le niveau du produit intérieur brut, pourrait par ailleurs faire baisser le ratio dette/PIB. Mais cette évolution statistique ne diminue ni le montant réel de la dette, ni les intérêts, ni les échéances à rembourser.

L’accord avec le FMI, une étape et non une solution définitive

Dans le contexte économique actuel, l’accord avec le FMI constitue donc une étape importante, mais il ne règle pas à lui seul la crise de la dette sénégalaise.

La véritable épreuve sera celle de l’exécution : transparence des finances publiques, maîtrise du déficit, capacité à mobiliser des recettes, gestion des échéances et restauration progressive de la confiance des investisseurs.

Pour le Sénégal, la question n’est désormais plus seulement de trouver de nouveaux financements. Elle consiste surtout à retrouver une trajectoire financière suffisamment solide pour que chaque nouvel emprunt ne serve pas simplement à repousser le problème.

Mamadou Camara-Journaliste

Camou Communication

Kaolack

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