L’ancien ministre de l’Économie appelle à un compromis entre le gouvernement et Pastef autour des orientations budgétaires. Il plaide notamment pour une meilleure maîtrise des dépenses publiques, un déficit ramené à 3 % du PIB en 2027 et une transformation structurelle du modèle économique sénégalais.
Dans un contexte marqué par des tensions autour des orientations budgétaires et des discussions entre Pastef et le gouvernement, l’ancien ministre de l’Économie, Abdourahmane Sarr, invite les différentes parties à privilégier le dialogue et le compromis. Dans une tribune publiée le 21 octobre 2026, il formule quatre propositions destinées à adapter le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026 et à préserver la crédibilité du programme économique du Sénégal auprès du Fonds monétaire international (FMI).
Cette prise de position intervient alors que les désaccords sur les choix budgétaires font peser des incertitudes sur l’examen des projets de loi de finances pour 2027 et de loi de finances rectificative pour 2026.
Une loi de finances rectificative plus réaliste
La première recommandation d’Abdourahmane Sarr porte sur la nécessité d’ajuster les prévisions budgétaires de 2026 aux capacités réelles d’exécution de l’État. Il relève que les investissements publics programmés atteignent 2 249 milliards de FCFA, contre 1 472 milliards effectivement réalisés en 2025, soit une progression de plus de 50 %.
Pour l’ancien ministre, cette ambition doit s’accompagner d’une meilleure hiérarchisation des dépenses et d’une évaluation réaliste des moyens disponibles. Il préconise notamment de privilégier les dépenses prioritaires, en particulier le financement des subventions énergétiques.
Fiscalité énergétique : protéger le pouvoir d’achat
Pour l’exercice 2027, Abdourahmane Sarr recommande un rééquilibrage de la fiscalité énergétique. Sa proposition consiste à combiner une réduction des taxes sur les produits pétroliers avec un mécanisme de subventions adapté, afin de limiter les répercussions des coûts de l’énergie sur les ménages et les entreprises.
Cette orientation vise à préserver le pouvoir d’achat des populations tout en soutenant la compétitivité de l’économie nationale. L’ancien ministre évoque notamment l’expérience de la Côte d’Ivoire comme élément de comparaison dans la réflexion sur la politique énergétique.
Ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2027
La troisième mesure proposée consiste à ramener le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2027. Pour atteindre cet objectif, Abdourahmane Sarr mise sur une meilleure maîtrise des investissements publics, un contrôle accru des dépenses courantes et le recours au refinancement de la dette sur le marché financier régional.
Cette stratégie vise à renforcer la discipline budgétaire et à améliorer la soutenabilité de la dette publique, dans un contexte où les marges de manœuvre financières de l’État demeurent un enjeu central.
Repenser le modèle économique sénégalais
Au-delà des ajustements budgétaires, l’ancien ministre estime que le Sénégal doit engager une transformation plus profonde de son modèle économique. Selon son analyse, les infrastructures financées par l’endettement n’ont pas suffisamment produit les effets attendus sur la transformation productive du pays.
Il appelle ainsi à une sélection plus rigoureuse des investissements publics et à une stratégie davantage orientée vers la productivité, la compétitivité et le développement de l’investissement privé.
Pour Abdourahmane Sarr, l’enjeu est de faire en sorte que les ressources mobilisées par l’État contribuent davantage à la création de richesses, à la croissance économique et au renforcement des capacités productives nationales.
Un appel au compromis face aux enjeux économiques
À travers ces quatre propositions, Abdourahmane Sarr entend contribuer au débat sur les choix économiques et financiers du Sénégal. Sa démarche met en avant la nécessité de concilier les priorités de développement, la protection du pouvoir d’achat et les impératifs de consolidation budgétaire.
Dans un climat de discussions entre Pastef et le gouvernement, ses recommandations soulignent l’importance d’un compromis sur les orientations financières du pays. L’objectif demeure de préserver la crédibilité du programme économique sénégalais, de renforcer la confiance des partenaires financiers et de garantir une trajectoire de croissance compatible avec la viabilité de la dette publique .
Mamadou Camara-journaliste
Camou Communication
Kaolack
